Nébuleux !
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« Yon pa devan, youn aryè. Yon pa adwat, youn agoch ». Ce sont-là des paroles du titre: « Koul non », le tube carnavalesque de 1996 du groupe King Posse. Ce groupe de Rap-Ragga a agité notre vie de freluquets qui appartenaient à une génération presque heureuse à la toute fin des années 90 et le tout début des années 2000 au-delà des ébullitions politiques de l’époque.
C’est une danse qui en émane. On s’en souvient. Elle traduit des mouvements, exécutés sur place, donnant l’impression de se déplacer, d’avancer alors qu’il n’en est rien.
Certains voudraient que le vent de révolution soufflé par Guy Philippe et ses acolytes en soit un prototype. Une sorte de supercherie, de diversion bien articulée, qui viserait à distraire la galerie et à brouiller les cartes. Des interprétations!
Néanmoins, il s’agit d’une affaire nébuleuse et confuse. Car la semaine du lundi 22 janvier était supposée une semaine déterminante compte tenu des annonces et des présages. On en a certes subi le spectre, mais au travers, on n’y a vu que du feu.
Entre-temps, et comme on pouvait s’y attendre, à tort ou à raison, toutes sortes d’histoires circulent autour des motivations de l’ancien chef rebelle de 2004. Son projet de révolution serait, selon certains, un mouvement orienté et supporté financièrement par un Cartel colombien de la dogue: le clan Del Golfo qui impliquerait plusieurs grands barons de PHTK, alliés sournois du révolutionnaire.
Pour d’autres, Guy Philippe serait un agent du pouvoir en place dont la mission serait de détourner l’attention de la population des velléités malsaines du Premier ministre Ariel Henry à se “confortabiliser” à la tête du pays pour les deux prochaines années à venir. Ce qui lui ferait un mandat complet de président. Situation pourtant rarissime en Haïti même pour ceux issus d’élections supposées régulières.
Il y a aussi la thèse que l’ancien sénateur élu de la Grand’Anse serait en mission pour l’Oncle Sam qui en ferait une force opposée au pouvoir d’Ariel devenu gênant et encombrant. Et patati et patata! Des histoires, à s’en dire, les unes plus improbables que les autres.
Puis au milieu de tout cela, il y a les remous d’un juge et de la justice avec des hommes politiques désemparés et déstabilisés. Et après, il y a aussi la terreur des gangs armés qui persiste et l’attente interminable d’une intervention étrangère reportée une fois, deux fois, puis à la semaine des quatre jeudis.
Les bonnes et les mauvaises intentions s’entremêlent dans une nébulosité difficilement déchiffrable. Alors que nous en sommes toujours à nous inquiéter de l’avenir, à souffrir la peur au ventre et à assister, impuissants, à la déchéance constante de nos conditions de vie dans la torpeur du quotidien.
Par moment, on s’imagine parvenir à la limite de l’indignation pour le réveil de la conscience nationale. On se laisse alors emporter par la vague idée de révolte, de révolution même. Car l’expérience d’histoire voudrait que nous soyons dépendants d’un Messie, un homme Providence qui viendrait tout chambarder pour rétablir l’ordre et faire renaître l’espoir.
Voilà la théorie qui fonde la ruée populaire vers un nouveau leader quelque peu catholique fût-il. Parce que nous refusons de dominer nos émotions et de relire l’histoire ou de l’enseigner à l’euphorique.
Mais qu’importe, nous demeurons malgré tout cela, un grand peuple qui peut encore, s’il le décide, refuser de danser sur place et de réécrire son histoire et sa destinée avec des milliers de pas en avant.
Jackson Joseph
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