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Des mots pour souder les policiers et requinquer la PNH

Des mots pour souder les policiers et requinquer la PNH

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La doctrine d’une institution c’est en quelque sorte son visa d’exploitation, sa fiche d’identité, bref son âme ; c’est ce qui supporte son existence, façonne sa vision  et ennoblit sa mission en rassemblant et en soudant ses entités et éléments épars. C’est le catalyseur qui fait que les membres d’une équipe, d’un corps ou d’une institution se donnent corps et âme en vue de la poursuite d’un idéal commun. Et ce sont ces nobles idéaux que véhicule le présent article.

L’exercice efficace du métier de policier exige de la part des personnes qui s’y consacrent des capacités à la fois intellectuelles, physiques et psychologiques, mais aussi et surtout la maîtrise et l’application des normes, des principes et des valeurs qui les gouvernent et qui constituent globalement la charpente doctrinale de l’institution. En effet, la police est une fonction cruciale exercée par des hommes et des femmes compétents, honnêtes, intègres et loyaux, donc épris de valeurs éthiques, déontologiques et civiques, qui ont en partage l’amour du métier, la vocation et l’esprit de service. « La Police, qui assure le bon ordre et le gouvernement de la cité, demeure le plus grand et le premier de tous les biens[1] ». Il va sans dire que les policières et les policiers, dans leur âpre lutte contre le banditisme et la criminalité, les menées subversives des groupes armés et les délinquants de tout acabit, partagent quotidiennement et à tous les instants, les aléas et les risques du métier; ils connaissent, d’une part, le goût amer des frustrations, des pertes et de la défaite et, d’autre part, la joie et la satisfaction des résultats obtenus et le sentiment du devoir accompli.

De ce fait, les fonctionnaires de police, à quelque niveau qu’ils appartiennent et en quelque lieu qu’ils interviennent, se doivent de tisser et de maintenir entre eux de solides liens fraternels et professionnels, sans lesquels l’efficacité et l’efficience de la Police nationale d’Haïti (PNH) ne peuvent être qu’un vœu pieux. Cependant, mis à part certaines unités « encasernées » comme la Brigade de recherches et d’interventions (BRI), la Bureau de lutte contre le trafic des stupéfiants (BLTS) ou le Groupe d’intervention de la PNH, le SWAT, qui développent l’entraide et l’esprit d’équipe, les policières et les policiers haïtiens, en particulier ceux des commissariats et sous-commissariats, évoluent généralement comme des groupes disparates et indépendants qu’on dirait poursuivre allègrement des objectifs et des buts diamétralement opposés. Certes, les conditions de vie et de travail des policiers, par ces temps de difficultés de toutes sortes, de carence et de grandes privations, ne sont pas des plus enviables. Comment les porter, dans cette situation, à rester soudés et à évoluer comme un corps professionnel, engagé et déterminé à œuvrer au bien-être de la collectivité en matière de sécurité ?

Nous évoquons, à côté de la formation continue des policiers, notamment en matière de droit, des droits de l’homme, de tactiques et techniques policières, l’enseignement continu et soutenu de la doctrine institutionnelle. Cette dernière, en tant qu’expression porte-manteau, recèle les éléments indispensables à l’avènement de la police professionnelle dont rêve le peuple haïtien, le patron et le mandant de tous les membres du corps policier. C’est le ciment qui donne la cohésion, le fil conducteur qui relie et rattache au sein d’une institution. Mais qu’englobe la doctrine institutionnelle ?

Dans notre démarche, nous explorons diverses acceptions du concept de doctrine pour mieux appréhender ses principales composantes, entre autres, les principes, les normes, les valeurs et les traditions avant de dévoiler quelques propositions visant à modifier les attitudes et les comportements des policières et des policiers haïtiens.

Le Littré définit entre autres la doctrine comme: « L’ensemble des dogmes, soit religieux soit philosophiques, qui dirigent un homme dans l’interprétation des faits et dans la direction de sa conduite[2]. » Etymologiquement, la doctrine englobe les opinions, les dogmes, les croyances, les principes, les thèses ou conceptions théoriques que l’on adopte ou qui intègrent un enseignement. On entend également par doctrine, tout ce qui constitue un système intellectuel que l’on associe à un penseur (la doctrine de Marx par exemple), à un mouvement de pensée déterminée (la doctrine libérale) ou enfin à une matière particulière (la doctrine de l’immortalité de l’âme)[3].

Somme toute, la doctrine peut être de divers ordres : religieux, philosophique, scientifique, politique, économique, etc. Dans les domaines militaire, politique, diplomatique et du management, on entend par doctrine, les principes de base sur lesquels s’appuient une stratégie et des plans d’action.

 

En matière policière, la doctrine institutionnelle est « un ensemble de normes et de principes, crus, acceptés et enseignés, qui se reflètent dans le sentir, la pensée et l’acte de tout policier en le marquant du sceau de la continuité et de l’uniformité à travers les procédures visant à faciliter l’accomplissement des objectifs institutionnels.[4]» Autant dire, le travail du fonctionnaire de la police ne s’arrête pas au port impeccable de l’uniforme, à la prévention des délits et à la chasse aux hors-la-loi, il exige également de la part du concerné le devoir d’aimer le métier qu’il exerce et la responsabilité de pratiquer les règles qui le gouverne et de les transmettre correctement à ses pairs. Sinon, il ne vaut pas mieux que le malfaiteur qu’il traque, il est une machine, un corps sans vie qui n’attend que l’inhumation.

 

Nous référant à la définition susmentionnée, nous nous apercevons que deux (02) éléments fondamentaux forment la doctrine institutionnelle : les principes et les normes, auxquels nous adjoignons les valeurs et les traditions. Qu’impliquent réellement ces éléments ? D’emblée, nous faisons remarquer qu’il existe des principes généraux de doctrine et des principes spéciaux de doctrine. Les premiers traitent grosso modo du respect de la Constitution de la République et du gouvernement établi, de la légalité des actions policières, de la capacité professionnelle et de l’autorité morale du fonctionnaire de la police, de la discipline et de la prévention ; tandis que les derniers servent de guide aux activités quotidiennes de la police et traitent, entre autres, de la protection de la vie de ses pairs, du sentiment d’appartenance et d’orgueil institutionnel, de la cohésion et de l’esprit de corps, de la modération et de la discipline dans les actions et de l’impartialité dans les procédures.

 

Quant aux normes institutionnelles, elles puisent leurs fondements dans la Constitution de la République, les lois et les règlements qui doivent être maîtrisés et appliqués par l’ensemble du corps policier. Ceux-ci ne peuvent rien y ajouter, ni changer ou retrancher sans franchir lamentablement les frontières ténues séparant le permis et le défendu, sans donc se verser dans l’arbitraire et l’illégalité. Outre les normes institutionnelles, les membres de l’institution policière se doit de cultiver certaines valeurs, sans lesquelles la collaboration de la population à la lutte contre la criminalité et l’insécurité ne sont pas possibles.

 

Les valeurs peuvent être définies comme « Ce que les hommes apprécient, estiment, désirent obtenir, recommandent, voire proposent comme idéal [5]» (Rezsohazy, 2006). Par conséquent, elles revêtent une certaine subjectivité, dans la mesure où la conception de l’idéal ne fait pas l’unanimité dans aucune société ni institution humaine. Toutefois, la Police nationale d’Haïti (PNH) promeut les six (06) valeurs fondamentales[6] que ses fonctionnaires doivent cultiver pour s’améliorer en tant que personnes et professionnels afin de parvenir à mener à bien leur mission.

Ce sont :

  • Le sens du service public (servir la communauté);
  • Le respect de la loi;
  • L’engagement au leadership;
  • L’intégrité des paroles et des actes;
  • Le respect de la population;
  • L’amélioration continue de la qualité du travail.

 

Mis à part ces valeurs fondamentales, tout fonctionnaire de la police digne de ce nom doit user de la courtoisie qui témoigne de son attention, son affection et son respect vis-à-vis des gens qu’il dessert, de l’honnêteté qui le porte à se conformer aux règles de la morale, de l’intégrité qui lui impose la droiture et la rectitude, la loyauté et la fidélité aux lois et aux règlements applicables à son institution. En outre, il doit faire preuve de courage face aux dangers, à la souffrance et aux situations difficiles ; il doit user de l’austérité face à la négligence et la nonchalance, opter pour la sobriété au lieu de la loquacité ou la verbomanie, bref il doit constamment garder à l’esprit le bien et la vertu dans l’exercice de sa profession et dans la quête inlassable du premier et du plus grand  des biens qu’est la sécurité, pour citer Aristote. En définitive, le policier ne peut se départir de la tradition qui aide à préserver la mémoire de son institution et à la revêtir du sceau de la continuité. Mais, pour y parvenir, il faut perpétuer : l’histoire de l’institution, les hymnes et les marches, les coutumes et les actes formels et solennels qui insufflent au policier l’honneur, la fierté et le sentiment d’appartenance et d’orgueil institutionnel. L’on devrait également tenir compte des besoins des policiers, dans le sens maslovien du terme ; c’est Saint Thomas d’Aquin qui le dit : «  Il faut un minimum de confort pour pratiquer la vertu. »  

 

En définitive, la doctrine institutionnelle contient les éléments fondamentaux indispensables à l’harmonie et à la cohésion entre les différentes entités et unités de la Police nationale d’Haïti et les fonctionnaires qui les composent. Elle se doit d’être religieusement étudiée, enseignée et pratiquée à tous les échelons de l’institution policière. Ce devrait être un leitmotiv, un thème majeur et récurrent lors des rassemblements, des cérémonies et activités de police. Ce faisant, les policiers haïtiens seront progressivement marqués du sceau de l’identité, ou mieux du label institutionnel qui fera qu’il se retrouvera et se reconnaîtra dans chacun de ses collègues, en tant que membres d’un seul et même corps, de la même institution. D’où l’émanation, en fin de compte, de l’entraide, la solidarité, l’harmonie et la fraternité indispensables à l’accomplissement des objectifs institutionnels.                                                                                                                     

                                                                                                                Figaro AURÉLUS

                                                                                                                Commissaire principal

                Juriste, criminologue

            Diplômé en sécurité publique

 

[1] PLENEL, (E.), Le premier de tous les biens, Le Monde, 16 juillet 1985, consulté le 22 septembre 2020 à 12 heures 26, lemonde.fr/archives/article

[2] www.littre.org/definition/doctrine, consulté le 5 septembre 2017 à 1h PM

[3] www.toupie.org, consulté le 5 septembre 2017 à 12h PM.

[4] ROSALES JIMÉNEZ, (G. O.), Perfiles Institucionales/ Doctrina bajo el Lema “Orden y Patria”, p.84

[5] HAMMER, (B.), WASH, (M.), La structure des valeurs est-elle universelle? Genèse et validation du modèle compréhensif de Schwartz, Ed. L’Harmattan, consulté le18 septembre 2020, valeurs.universelles.free.fr/

[6] PNH/MINUSTAH, Plan de développement de la Police nationale d’Haïti  2012-2016.

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