Dessalines, un rêve massacré
Écouter l'article
Au cœur des grands conflits entre puissances esclavagistes, 1791 date charnière où les dénommés va-nu-pieds arrachés sur les côtes d’Afrique se sont mis debout pour changer le cours de leur histoire. Après des combats sanglants et épiques de par leur héroïsme, les Zabete, Padre Jean, Mackandal et tant d'autres, ont initié en termes de contestation contre l’arrogance de ces puissances colonialistes. Au début du mois aouut 1791, juste qu’à la capitulation totale du débris de l’armée française le 18 novembre 1803, l’Armée indigène qui avait à sa tête Jean Jacques Dessalines défiée l’ordre du capitaliste mercantile (esclavagisme), et crée le premier État moderne où tous les hommes sont libres et en même temps charrie une révolution antiesclavagiste, anticolonialiste et antiségrégationniste.
Cependant, mis à part le fait que 1803 a fait naître l’impensable, la lucidité porte à reconnaitre qu’on ne pouvait pas être trop optimiste et penser que la victoire allait résoudre les conflits, trahisons, rancœurs et haines accumulés entre métisses (mulâtres), nègres créoles et nègres-bossales pendant des décennies antérieures qu'avait laissés l’esclavage. Après la naissance de l’Etat haïtien, le pays est menacé d’une véritable crise d’orientation, chaque groupe pense un modèle État.
Ainsi, le professeur des sciences politiques Jean Roger Petit-Frère a retracé la contradiction au niveau de trois (3) groupes qui forment la pyramide sociale de l’État poste-esclavagiste: le radicalisme auquel se trouve Dessalines, Christophe et Capois qui croient à un divorce total avec l'ancienne métropole, ensuite les conservatistes Pétion, Yayou et Gérin qui aspirent à une république similaire à la France et pensent aussi qu’il faut avoir un mariage de cœur avec l’ancienne métropole. Enfin, le modèle nationalisme où se regroupe la plus grande masse paysanne, en particulier les "bossales", qui croient dans un État fort reflétant les réalités de la conjoncture et s'adapter aux valeurs africaines qui traduisant une vision proche de celle du radicalisme.
Ces altérités ont pris naissance dans la colonie de Saint-Domingue. Ce qui s'explique par le fait même que la vision des groupes est divergente. En effet, les mulâtres combattaient pour des droits civils et politiques ignorant les barbaries dont les frères esclaves faisaient l'objet, les esclaves nés dans la colonie (créoles) voient les nouveaux arrivés (bossales) comme des non-civilisés, quant aux bossales, ils roucoulent et murmurent les dieux d’Afrique tout en restant attachée un peu aux principes de civilités africaines. Désormais, ces mêmes mésententes vont se réapparaitre au lendemain de 1804, ce qui a accouché l’égorgement du Père fondateur de l'État et le vaillant Capois deux jours plus tard.
Après l’assassinat de l’Empereur Jacques Ier, les truands ont annihilé le système qui était en place pour donner naissance à un nouvel État rapace scindé en deux États: une monarchie dans le Nord qui privilégiait les familles royales et les militaires, quant à la masse elle reste sur les habitations travaillant péniblement pour construire la richesse du royaume. Dans l’Ouest, une république de camaraderie s'installe au profit des mulâtres et les généraux, le petit peuple souffre, manipulé et chatouillé le nom de Dessalines au travers des chansons parce qu’il était formellement interdit de prononcer le nom du défenseur de la masse. Il a fallu attendre jusqu’en 1845 sous la présidence de Louis Pierrot pour que le nom de Dessalines puisse être cité publiquement. Le pire, aucune génération après n'ont pu connaître le visage de ce dernier. C’est dans les années (1902-sous la présidence de Nord Alexis (1902-1908), une statue à sa mémoire fut érigée.
En outre, dans les grandes écoles catholiques, Dessalines a toujours été considéré comme un criminel, un vagabond, un démon jusqu'en 1957 sur la présidence de François Duvalier. Le symbole d'espoir de la masse est passé au trépas au bénéfice d'une minorité qui voulait à tout prix faire main basse sur toutes les richesses du pays. Aujourd’hui, en dépit de l’absence de politique de mémoire, ce dernier devient la figure la plus importante de l’historiographie haïtienne. Une fois de plus, Dessalines continue d'occuper une place prépondérante dans l’imaginaire de la population. Et sa pensée politique fait partie d’une étonnante actualité, malgré des efforts déployés par les classes réactionnaires économiques et politiques haïtiennes appuyées par l’occident, qui arrivé à contrôler la quasi-totalité du pays depuis le lendemain du 17octobre 1806.
L’Empereur Jacques Ier, le premier patriote haïtien, fut leader qui a mieux compris la nécessité et les grands besoins du pays pendant et après la période de l’oppression du système esclavagiste. En pleine sauvagerie du colonialisme, il a construit un modèle de leadership pour acheminer la bataille de l’indépendance vers la dissidence. Un modèle que cette société en a tant besoin encore pour revigorer son patriotisme afin que le pays puisse reprendre la voie de la raison, notre autodétermination, sauvegarder notre dignité, rapatrier l’indépendance du pays, se repositionner sur l’échiquier politique et économique mondiale. Cette panne de leadership auquel nous faisons face aujourd’hui, nous l’avons déjà trouvée chez Dessalines avant et après les apothéoses de 1804. Dans son orgueil, Dessalines a voulu construire une nation forte, libre, indépendante et souveraine. Aux Gonaïves le 1er janvier 1804 déclare-t-il:
‘’Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-même’’.
Malheureusement, nous sommes apostasiés à cet idéal de grandeur. La petitesse des dirigeants prouve que le père de l’État haïtien n’a jamais cessé exterminer quand notre drapeau et notre dignité souillés par les dirigeants du pays et quand nous sommes sous diktats de la communauté internationale. Le Père de la patrie ne cessera d’être assassiné quand les hâbleurs-politiciens nationaux sans vergogne créeront du chaos pour sauvegarder leurs intérêts mesquins et hypothéquer notre indépendance aux étrangers. En arrivant sur la place Dame du Cap le 29 novembre 1803 pour réclamer la ville, Dessalines a déclaré: ‘’Rendus à notre première dignité, nous avons recouvré nos droits, et nous jurons de ne jamais nous laisser ravir’’.
Ce rêve salvateur a été capoté le 17 octobre 1806 au moment où les métisses (Pétion, Yayou, Gérin), qui croient être seuls héritiers de cette terre ont massacré l’Empereur afin d'accaparer les richesses du nouvel État. Pour eux, l’empereur Jacques Ier a été une menace, un homme à tout prix à éliminer, car dans son programme de redressement national, il a pensé aux démunis et sans jamais peur de contrecarrer les manigances des nouveaux colons internes. Souvenons de cette déclaration:
«Quand nous avons combattu les Français, personnes n’avait réclamé l’héritage de son père. Maintenant que nous sommes devenus libres, on veut s’approprier les biens vacants. Les noirs dont leurs pères sont en Afrique n’auront-ils rien»?
Combien des Haïtiens (ne)s de la masse qui possèdent un minimum pour survivre aujourd’hui? Comment la richesse nationale est-elle distribuée ? Combien de paysans qui bénéficient l’assistance de l’État ?
De toute façon, le complot de l’assassinat de Dessalines n’a pas tué seulement un visionnaire, mais aussi notre premier patriote national. Cet acte parricide mettait en déroute le canevas de construire une nation souveraine qui aurait dû prendre en considération l’aspiration de toutes les couches sociales sans exclusion. Il met en déroute une vision clairement définir qui refuse toute forme de domination ainsi que le retour des blancs comme maître sur cette terre de liberté, il a tué l’objectif de construire un empire fort garant de vie et le bien-être collectif. Le 17 octobre 1806, l’égorgement de 1er enchâsse une vision inclusive pour enfanter un nouveau système républicain (Pétioniste) où l’État est aux mains et défenseur des intérêts d’une minorité possédante. Ce nouveau système exclusivisme et obscurantisme se caractérise par ce que Professeur Hérold TOUSSAINT appelle «mépris de l’autre ». À travers duquel, on a fait main basse sur les richesses du pays et on met un hold-up sur le pouvoir économique, sur le pouvoir politique et sur toute la structure et superstructure sociale (dans le sens marxiste du terme). Aujourd’hui, après 217 ans de souffrance, humiliation et d’exploitation, la seule issue de la classe populaire passera par une lecture historique de la lutte des classes en Haïti (Dessalines, Goman, Acaau, Salnave, le parti libéral et le parti national...), une analyse profonde de l’économie politique (production, capital, redistribution...), une relecture et application de certaines méthodes de combats de Dessalines.
O chan pou ou Papa Desalin, nou konnen ou pap janm bliye bann fòs nan lit pou byen nèt mas la!
Frantz Sinoble
1 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Wadley Saint Juste
Du bon travail des félicitations à vous chèr camarade 👍🏽👏🏼👏🏼👏🏼👏🏼👏🏼👏🏼