Une compréhension du processus de gouverner par le chaos...
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Partie 5/7
Haïti, de catastrophes naturelles au choléra importé
Du mouvement des émeutes de la faim en avril 2008 sous le gouvernement du Premier ministre Alexis, au renvoi du gouvernement de Madame Duvivier Pierre Louis à l’installation de celui de Max Bellerive, la situation politique, économique et sociale ne s’était pas vraiment améliorée. Donc « le changement de gouvernement n'était motivé ni par le souci d'efficacité ni par la recherche de résultats. En remplaçant Madame Pierre-Louis par Monsieur Joseph Jean-Max Bellerive, ancien ministre de la Planification et de la Coopération externe dans les précédents gouvernements, le Président Préval avait opté pour le changement dans la continuité. », disait un parlementaire de l’opposition.
C’était dans un tel contexte de jeu de manipulation au niveau du pouvoir exécutif et d’un Conseil électoral provisoire (CEP) complice, que les élections législatives de février 2010 pour renouveler les quatre-vingt-dix-neuf députés et onze sénateurs allaient être organisées. Durant toute cette période, le pouvoir exécutif était décrié à cause surtout de l’utilisation des fonds du trésor public et des bureaux du Palais national à des fins politiques.
Pour arriver à la création d’une plateforme politique appelée ‘Inité’ dont l’idée était un éventuel contrôle dans les deux chambres de la prochaine législature, le chef de l’exécutif soudoyait à tous les niveaux des élus en fonction aussi bien que des membres influents, des cadres et dirigeants d’autres partis politiques. C’était dans ce pays avec un avenir incertain ponctué de machinations politiques de l’équipe au pouvoir que s’est produite la catastrophe meurtrière du 12 janvier 2010. « Le gouvernement de Jean-Max Bellerive eut à faire face à une crise sans précédent dans l'histoire du pays suite au séisme dévastateur du 12 janvier 2010, et qui malheureusement n'a pas su montrer le type de leadership qu'on espérait. »
Le tremblement de terre du 12 janvier
Généralement, comme les autorités haïtiennes en fonction passaient plus de temps à manipuler les institutions étatiques et détourner des fonds publics pour leur satisfaction personnelle au lieu d’instituer une véritable gouvernance, donc un phénomène comme le développement anarchique des bidonvilles les laissait quasiment indifférents.
En quoi cela devrait-il les intéresser puisqu’ils pensaient qu’ils pouvaient toujours se cacher derrière leurs petits monuments en béton au cas où il y aura, en termes d’insécurité, une urgence ? S’ils sont malades, ils peuvent toujours acheter un billet d’avion pour aller se soigner à l'extérieur par exemple à Cuba, aux États-Unis, au Canada et dans certains pays de l’Europe.
En quoi cela pouvait-il les intéresser puisque leurs familles, dans bon nombre de cas, ne sont pas en Haïti? Pour eux, environnement, infrastructures, décentralisation, justice sociale, développement durable ne sont que de simples mots. Donc, à cause de cette précarité ou de mauvaises pratiques dans les constructions, les dégâts causés par le tremblement de terre en termes de pertes en vies humaines et au niveau des infrastructures ont atteint des proportions chaotiques.
Quelques mois plus tard, alors que des familles pleuraient encore la disparition de leurs proches et que les débris et décombres du tremblement de terre du 12 janvier 2010 étaient encore visibles dans toutes les régions métropolitaines de Port-au-Prince et certaines autres villes, le pays allait faire face à une grave épidémie. Comme toutes les institutions haïtiennes, le système de santé n’était pas préparé et ne possédait ni les connaissances ni l’expérience nécessaire pour faire face à une crise de santé publique de cette envergure.
Selon le rapport de l’UNICEF Les Enfants d’Haïti- un an après des secours à la reconstruction : un long parcours paru en janvier 2011 « La situation s’est encore assombrie vers la fin de l’année quand une épidémie de choléra a provoqué une nouvelle situation d’urgence en Haïti…. Le choléra a plongé le pays dans une nouvelle crise touchant les 10 départements du pays, tandis que le vibrion du choléra se propageait rapidement et que la transmission s’accélérait après le passage de l’ouragan Tomas au début du mois de novembre. La maladie frappe le plus lourdement en dehors de Port-au-Prince, dans les régions les plus difficiles à atteindre, caractérisées par une absence totale de services sociaux de base en raison du sous-développement. »
Haïti entre la fièvre électorale 2010 et l’épidémie de choléra
Les élections remplissent de nombreuses fonctions importantes dans la société. Elles socialisent, institutionnalisent l'activité politique, et surtout rendent possible l’inclusion de beaucoup de citoyens à des postes politiques. Le processus électoral permet l’arrivée au pouvoir sans pour autant passer par le bouillonnant à travers des manifestations, des émeutes, ou des révolutions. En un mot, elles offrent un accès régulier au pouvoir politique ou les dirigeants peuvent être remplacés l’un ou l’autre sans pour autant d’être renversé de force.
L’idée de l’alternance veut que : « ce ne soit toujours pas les mêmes personnes qui commandent et les mêmes qui obéissent. Les capacités d’obéissance et de commandement doivent être en chaque citoyen ». Par contre, si les élections représentent le mode démocratique de désignation du personnel politique, « des urnes sortent trop souvent en Haïti des dictateurs, contempteurs de la démocratie. »
Bref, au moment où, fin octobre (2010) et dans les régions de l’Artibonite, on avait découvert les premiers cas de choléra, le pays était déjà engagé dans une grande fièvre électorale. Les panneaux, les affiches et photos des candidats aux présidentielles et législatives avec les grands moyens financiers étaient partout. Face à cette crise épidémique et le constat d’échec de l’État, les idées étaient divisées entre ceux-là qui étaient pour l’élection et ceux-là qui étaient pour son report.
Leurs arguments étaient abondants sur le sujet, mais là encore, c’était dépendamment de la position politique des uns et le placement des candidats dans les sondages électoraux. ‘’Devan, devan net’’. Donc c’était sur fond d’une crise dans une autre crise puisque les cicatrices du tremblement de terre étaient encore bien ouvertes que, avec une épidémie de choléra, le peuple avait été invité à aller aux urnes pour renouveler les élus.
En effet, les élections législatives étaient prévues les 28 février et 3 mars 2010, mais avec le tremblement de terre du 12 janvier qui avait ravagé la capitale haïtienne et d’autres villes avoisinantes, elles étaient reportées. Report qui, finalement avait été organisé en novembre 2010. Et comme aux élections générales de 2005, c’était une classe politique avec des candidats de toutes tendances qui s’était présentée aux scrutins de novembre 2010.
Ainsi, les élections qui se sont déroulées le 28 novembre 2010 étaient à la fois législatives et présidentielles. Un deuxième tour qui devait avoir lieu le 16 janvier 2011, mais a été reporté à cause de soupçons de fraudes lors du premier tour des présidentielles. De ces irrégularités électorales du 28 novembre 2010, l'actualité politique haïtienne avait très largement retenu l'attention de la presse locale et des ambassades des pays amis. Ce qui explique que déjà à l'horizon se dessinait le spectre effrayant des répercussions incertaines.
Mais de toutes les préoccupations, compte tenu de l'importance capitale de ce scrutin, il y avait, sporadiquement, de nombreuses manifestations populaires et beaucoup d'autres étaient prévues à travers tout le pays, si toutefois il n'y avait pas une proclamation officielle des résultats définitifs du premier tour des élections législatives et présidentielles et un second tour programmé.
Les cas de grandes violences exprimées dans les manifestations de la ville des Cayes dans le département du Sud étaient des mouvements de protestations de ceux-là qui soutenaient le chanteur Sweet Micky dans le mal, même là encore qu’ils fissent très mal. Face à toute cette violence, « La communauté internationale a fait pression pour un recomptage, notamment à travers l'Organisation des États américains, chargée d'une mission d'expertise. »
Encore une fois, comme par le passé, l'OEA était invitée comme arbitre. À titre d’arbitre dans les grandes décisions politiques en Haïti, l’organisation régionale avait tranché surtout en faveur de ceux-là qui supportaient le statu quo local et international, mais contre le peuple et le processus démocratique dans le pays.
Prof Esau Jean-Baptiste
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