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Discours du Doyen Samuel E. Prophète à la cérémonie de graduation de la promotion Mackindi Guerrier

Discours du Doyen Samuel E. Prophète à la cérémonie de graduation de la promotion Mackindi Guerrier

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Monsieur le Recteur de l’Université d'État d'Haïti

Madame, Monsieur les Vice-Doyens de la Faculté d'Odontologie

Madame, Monsieur les marraine et parrain de la promotion Mackindi Guerrier

Chers Professeurs,

Chers parents,

Distingués invités,

Mesdames, messieurs

Permettez qu'au nom du Décanat de la Faculté d’Odontologie, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue à la cérémonie de graduation de la promotion Mackindi Guerrier.

Chers récipiendaires,

Votre présence ce matin sur ce podium est le fruit d’un exploit, d'un miracle même, dans la mesure où il vous a fallu beaucoup de persévérance et de foi pour avancer même quand vous ne voyiez pas encore la lumière au bout du tunnel. Je suppose qu'il vous a fallu croire à son existence pour la voir et vous engager à la regarder pour continuer à avancer. Et le résultat de cette foi que vous avez en vos capacités, c'est cette cérémonie de graduation. Compliments, félicitations !

  Pour y arriver, vous vous êtes sans doute et certainement inspirés de la ténacité, de l'esprit de combativité, de discipline et de la satisfaction du travail bien fait et bien réalisé du Guerrier que fut, votre Professeur et modèle Feu le Docteur Mackindi Guerrier, parti dans les conditions que l’on sait. Ce faisant, vous lui avez rendu un fier hommage. Puissiez-vous, durant toute votre carrière, que nous vous souhaitons longue et fructueuse, continuer à cultiver sa passion pour l’excellence qui vous ouvrira, à n'en point douter, les portes du succès !

  En vous regardant, drapés dans vos toges de circonstance, il me revient à la mémoire la réflexion qu'un parent avait faite lors d'une cérémonie de graduation d'une des promotions sortantes de la Fac. Il avait, en substance, déclaré que le Décanat de la Faculté devrait se féliciter pour le travail accompli, à savoir : pouvoir chaque année mettre sur le marché du travail des jeunes professionnels en santé buccodentaire.

 À l'époque, ce qui s’apparente aujourd’hui à un exploit était, pour l'Institution, une simple routine, un aboutissement normal qui, de nos jours, relève donc d'une gageure ! Bref, on a le choix entre les 12 travaux d’Hercule ou un travail de Titan.  Que les choses ont changé en si peu de temps ! Et, malheureusement pour notre pays, pas nécessairement dans le sens positif. 

 Je me souviens aussi de la remarque qu'une des récipiendaires, présente sur le podium, avait eu à faire lors d'une réunion préparatoire à la cérémonie du jour : « Docteur je ne me rappelle pas vous avoir vu prendre des vacances à la Fac pendant cette période de crise ». La réponse à cette remarque était pourtant simple. En ces temps d'instabilité, d'insécurité et de précarité chroniques, le plus important c'est de se concentrer d’abord et surtout sur l'essentiel, sur la cause juste: toujours se battre avec les moyens du bord et avec les gens de bonne volonté pour maintenir la barque à flots pour que vous puissiez aujourd'hui, être fiers et satisfaits du chemin parcouru, recevoir enfin votre diplôme sanctionnant les sacrifices et le travail assidu fournis dans des conditions difficiles et parfois  même dangereuses . Un vrai parcours de combattant pour la juste cause. Cette cause juste qui a certainement valu à tous les dirigeants actuels du Rectorat et des différentes Facultés de l'Université d’État d’Haïti la maîtrise de la gestion dans la précarité. Une spécialité devenue maintenant commune, transversale à toutes les entités par la force des choses. 

   Et pourtant, il nous faut malgré tout espérer des lendemains meilleurs pour notre Université et pour notre pays. Il nous faut malgré tout faire le pari de pouvoir nous projeter dans l'avenir, en Haïti, notre pays aujourd'hui meurtri, sinon le geste des Pères fondateurs qui, en leur temps et avec moins d'atouts et de bagages intellectuels, avaient fait beaucoup plus que nous aujourd'hui, n'aura servi à rien.

 

Le défi qui se pose à nous tous, Haïtiens et Haïtiennes, qui avons reçu en héritage des Pères fondateurs des valeurs portant sur le courage, la liberté, l’esprit de sacrifice et le respect de la dignité humaine, est de faire mieux que nos valeureux ancêtres pour porter plus loin et concrétiser leur rêve de voir l’être haïtien vraiment émancipé et libre. Libre et libéré des chaines physiques et mentales de l’esclavage. L’Université haïtienne, à travers la formation qu’elle offre et qu’elle donne devrait, doit pouvoir aider à remplacer le fusil du va nu pied qui tue et détruit par la pensée bien construite de l’Universitaire qui libère et organise.

 

Chers invités, chers amis et chers récipiendaires

 

Nous ne pouvons pas et ne devons pas continuer à gérer la misère dans la précarité si notre objectif est de mieux former nos étudiants, les cadres et les professionnels de demain. Il nous faut changer de registre et de paradigme pour sortir de ce triangle infernal d’instabilité, d’insécurité et de précarité chroniques pour amorcer la transition vers la stabilité, la sécurité et la prospérité seules garantes de la production de richesse et de sa redistribution équitable subséquente.

 

 À l'Université en général et, chez nous, à la Faculté d'Odontologie en particulier, nous croyons fermement que le changement véritable ne peut être que le fruit, le résultat de la pensée critique, du dialogue constructif et permanent. S'il est vrai qu'au commencement était la parole, cette parole n’a été que le produit tangible d'une pensée invisible, certes, mais constructive et puissante !

 

 

Aujourd'hui, plus que jamais, au moment où paradoxalement nos frères et sœurs croient que le salut collectif est dans la fuite individuelle, l’État et son Université publique doivent s'entendre pour non seulement continuer à former, mais aussi à trouver un mécanisme de rétention de leurs diplômés pour assurer la relève et préparer l'après de cette crise qui ne peut être que temporaire, un passage obligé certes, mais pas un état de fait permanent. D’ailleurs, toute crise dans son essence n’est que passagère, jamais permanente, voire éternelle… Elle doit être dépassée, résolue et servir d’instrument d’apprentissage et de ressourcement dans les valeurs fondatrices pour rassembler et affronter unis le danger ou le malheur qui met en péril les fondements de la nation et de la société. Rassemblement qui permettra une mise en commun de toutes nos potentialités et nos énergies pour le plus grand bénéfice des générations actuelles et futures.

 

Plus que jamais donc, l'Éducation à tous les échelons doit figurer dans la liste de nos besoins prioritaires. C'est grâce à des citoyens bien formés, bien éduqués dans tous les domaines que nous arriverons, ensemble, à penser et à innover, à reprendre espoir dans nos capacités d'êtres humains libres et intelligents à part entière capables de réflexions sereines et consensuelles pour rebâtir notre nation meurtrie et assumer notre héritage de peuple fort et vaillant.

 

 

 La renaissance d'Haïti doit passer et passera nécessairement par l'engagement et l'encadrement sans faille de l'Etat pour un enseignement supérieur de qualité, à travers l’Université dans sa composante tant publique que privée. C'est l'une des conditions sine qua non pour que l'Université, gardienne du drapeau et des valeurs de la République puisse jouer librement et pleinement son rôle de diffusion de la pensée, transmission de savoir et de formation des cadres qui, par leur compétence et leur intégrité, doivent être des valeurs sûres sur lesquelles le pays doit compter !

 

Et vous jeunes dentistes qui représentez le lien entre la génération de vos professeurs et celle des générations à venir, ne voyez pas dans la cérémonie d'aujourd'hui seulement une fin, le couronnement des efforts et sacrifices consentis par vous-mêmes et vos parents. Elle n'est que le moment d'une pause pour apprécier la route déjà parcourue et mieux vous préparer pour les défis à affronter.  Elle est donc une porte ouverte sur l'avenir.

 

Continuez à vous former pour mieux encadrer et soigner vos patients, avec compétence et amour en leur donnant le meilleur de vous-mêmes ! Et s'il vous arrive de partir, ne partez pas pour ne plus revenir sinon il n’y aura plus de réserves pour assurer la relève, car sans relève la messe de requiem sera dite !  

Alors, allez, partez pour continuer à apprendre, voyagez aussi pour comparer, mais pensez surtout à revenir pour faire bénéficier aux étudiants et à la communauté dentaire des techniques et connaissances acquises ailleurs pour renforcer, à travers la diversité, la maîtrise des disciplines enseignées ! Haïti, pour s'en sortir, a besoin d'une Université forte capable de répondre aux défis de l'heure et d'une jeunesse bien formée, sûre d'elle-même, bien imbue de ses responsabilités. Vous faites partie de cette jeunesse-là !

 

Ne nous illusionnons pas !  Notre pays ne pourra ni se relever ni se reconstruire sans une Université qui soit consciente de sa mission et des défis à relever, sans sa jeunesse, sa force vive, sa sève, son avenir. Si nous voulons vraiment briser le cycle de la violence gratuite et constante, banalisée, devenue monnaie courante chez nous aujourd’hui, il nous faut nous inscrire résolument dans une triple démarche d'organisation, de construction et d'innovation permanentes.  L’Etat et l’Université doivent être des partenaires indispensables l’un à l’autre, unis dans leur quête commune d'une formation pointue et de qualité au niveau de l’enseignement supérieur.

 

 Qu'on se le tienne pour dit : il n'y a pas de génération spontanée. C'est donc à cette permanence et à ce souci constant de qualité dans l'éducation qu'on doit toujours viser en ayant à cœur la consolidation des acquis et l'innovation continue pour mieux créer et structurer l’environnement adéquat et idéal permettant l'émancipation de l'Haïtienne et de l'Haïtien que nous sommes à travers notre identité bien définie et bien assise, notre fierté retrouvée pour finalement mieux nous projeter dans l’avenir !

 

Vous êtes et vous faites partie de ce cycle, de cette permanence de la nation et de la République.

 Ne l'oubliez jamais, une nation ne peut se développer sans une jeunesse éduquée consciente de l'héritage à assumer. Notre pays Haïti est un joyau, une terre d’Amour. Nous en avons fait, malheureusement, par manque d’amour et d’ignorance, une terre de souffrance. Il est temps que nous tous Haïtiennes et Haïtiens, d’ici et d’ailleurs, riches et pauvres, jeunes et vieux nous nous attelions, réconciliés et sans exclusivisme, à la reconstruction et la renaissance de notre pays meurtri, appauvri et avili. C’est une question de dignité, de souveraineté et de fierté nationales… Nous le devons aux pères fondateurs, à nous-mêmes et aux générations futures

 

Que Dieu bénisse notre pays et qu'il vous protège et vous garde, vous, les semences du savoir et de la connaissance, de la Paix et de l’amour !

Paix, joie et Amour !

Merci !

30 Avril 2023,                                                                                                                

Samuel E. Prophète, Doyen

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