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Éditorial

La fable de l’impunité

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Nous l'avions compris, il y a fort longtemps. Nous avions mis du temps à l'admettre et nous hésitons encore à le dénoncer. Le phénomène de la pédophilie, s'il faut le nommer, est un mal répandu et qui a pris racine dans toutes les couches de notre société. À un certain moment, on pouvait espérer que les sorties médiatiques de Jean Renel Sénatus, haut responsable à l'époque dans le système judiciaire, étaient portées par la volonté d'enlever le sommeil aux trop nombreux auteurs d'abus sexuels sur des mineurs. Rien de tout cela. Le fougueux commissaire du gouvernement, devenu subitement populaire, s'est contenté de mélanger les pinceaux entre homopho¬bie, morale chrétienne et amorce d'une campagne électorale qui allait l'installer confortablement au Parlement.

Nous l'avions compris, il y a fort longtemps. Nous avions mis du temps à l'admettre et nous hésitons encore à le dénoncer. Le phénomène de la pédophilie, s'il faut le nommer, est un mal répandu et qui a pris racine dans toutes les couches de notre société.

À un certain moment, on pouvait espérer que les sorties médiatiques de Jean Renel Sénatus, haut responsable à l'époque dans le système judiciaire, étaient portées par la volonté d'enlever le sommeil aux trop nombreux auteurs d'abus sexuels sur des mineurs. Rien de tout cela. Le fougueux commissaire du gouvernement, devenu subitement populaire, s'est contenté de mélanger les pinceaux entre homopho¬bie, morale chrétienne et amorce d'une campagne électorale qui allait l'installer confortablement au Parlement.

À part quelques ébats d'adolescents détournés et exposés sur la place publique, aucune lumière n'a été faite sur les crimes commis massive¬ment et passés sous silence des dizaines de décennies durant.

Ce n'est pas par manque de petits et gros scandales que la société haï¬tienne a toujours refusé de pendre ce problème, pratique impunie au point de devenir phénomène culturel. La condamnation de l'ancien député et notable de bonne famille de Léogâne, M. Dumont, n'a pas eu l'effet escompté. Le scandale a été traité par la justice comme un cas isolé et n'a pas permis d'ouvrir cette fameuse boite de Pandore à même de provoquer un débat national intense sur l'impunité dont jouissent nos voisins, nos éducateurs, nos dirigeants, nos proches pédophiles.

Une petite condamnation d'un homme puissant ou un grimoire de slogans pour accompagner la marche au pouvoir d'un politicien ne permettent pas de comprendre pourquoi, pendant trop longtemps, les structures judiciaires du pays n'ont servi qu'à protéger ou déd¬ouaner les gros et immondes pervers qui abusent de leur position pour détruire la vie, l'avenir et la dignité de jeunes filles et de jeunes hommes, trop nombreux. Trop silencieux. Victimes qui n'ont gardé que la honte en échange.

Par peur de railleries et du poids de l'opprobre, les familles haïtiennes se font, de bon coeur, complices de l'impensable à chaque fois qu'il faut gérer un scandale. Dans les milieux paysans, il est courant que l'agresseur se résigne à prendre la victime pour épouse ou pour con¬cubine. Et si, comble du malheur, les rapports sont homosexuels, l'exil, loin, loin de la communauté d'origine, s'impose en règle.

Beaucoup de cas ont été dénoncés et certains ont été punis ou « arran¬gés ». Toutefois, l'Église catholique et le milieu des centres d'accueil dont des orphelinats tenus par des « blancs importants aux bons coeurs » ont toujours trouvé les moyens de noyer les poissons, même énormes, pour permettre à leurs membres déviants d'agir en toute impunité.

On s'attendait à tirer plus d'enseignements dans les conclusions des quatre jours de rencontre de haut niveau tenus par l'Église catholique, la semaine dernière. Le pape a parlé pour enterrer les espoirs de jus¬tice des victimes et de leurs proches. Satan, d'après la très sainte clair¬voyance papale, des déviances sexuelles des pauvres et fragiles mem¬bres de l'Église. Comme en Haïti, personne n'est coupable. “Se lwa ki gate yo”.

Comme on parle de la prise en compte de la dimension mystique dans le Code pénal et que cela n'a pas soulevé un débat passionné, on pourra peut-être, à l'avenir, traduire un « gede » par-devant ses juges surnaturels. Tant qu'à faire !

Jean-Euphèle Milcé

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