Le consensus au cours des ans
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Consensus, voici un mot que nos hommes politiques aiment utiliser, surtout en des circonstances bien précises, quand par exemple le pays est aux prises avec une de ses interminables crises de notre histoire.
Cependant, ce terme recouvre trop souvent dans notre milieu des réalités plutôt scabreuses à des années-lumière de l’intérêt national. À chaque fois qu’il est mentionné, c’est souvent pour servir d’appât lors de manoeuvres politiciennes stériles ou tout simplement pour un partage traditionnel de gâteau entre forces politiques opposées. On le retrouve aussi dans la bouche de nos candidats quand, en mal de popularité, ils battent le rassemblement autour d’eux. Nos gouvernants y ont recours quand ils sont en butte à des oppositions qu’ils n’arrivent pas à juguler. Remis en question ou en mal de légitimité, ils n’ont alors que ce mot à la bouche pour défendre leur pré carré. Leurs intérêts particuliers.
Si nous remontons le passé, nous verrons que déjà en l’an de grâce 1957, on en parlait abondamment au moment de la grave crise électorale qui devait déboucher sur le long règne des Duvalier. Les principaux candidats de l’époque -Louis Déjoie, Daniel Fignolé, François Duvalier-, en accord avec le Haut commandement de l’Armée, avaient mis en place un gouvernement collégial. Des postes ministériels étaient réservés aux différents candidats : quatre postes pour chacun et trois pour le candidat François Duvalier. Ce gouvernement collégial finit par exploser sous la pression des groupes politiques chevillés à leurs intérêts partisans.
Aucune des formules alternatives basées sur une entente supposément consensuelle n’a pu, en cette période troublée, survivre aux conflits liés au partage des fonctions et à la répartition de postes dans l’administration publique. Il a fallu attendre une prise en charge musclée du Haut commandement militaire en la personne du général Kébreau pour que des élections aient lieu et vous connaissez la fin de l’histoire. Ces consultations électorales ouvrirent la voie au régime de fer de François Duvalier qui jura de ne jamais sortir du palais national de son vivant.
La problématique du pouvoir haïtien a toujours été conçue en termes de longévité ou de provisoire, sans souci réel du bien commun. Ceux qui au départ ont pris le pouvoir avec le désir, souvent sincère, de changer les choses se sont progressivement englués dans des pratiques politiciennes, comme si le pouvoir d’état avait une logique implacable auquel ne pouvait échapper aucun apprenti sorcier.
L’actuelle administration échappera-t-elle à cette terrible loi des séries, à cette culture étatique de la reproduction de pratiques surannées et de gouvernance de la faillite ?
Une des caractéristiques du pouvoir haïtien est son aveuglement et son caractère ombrageux. Pourtant, la société a un droit imprescriptible de comprendre ce que font ses gouvernants, loin du « kase fey kouvri sa » prôné par des secteurs proches du pouvoir ou d’une éventuelle vendetta de groupes hostiles au pouvoir.
À ce carrefour de la vie nationale, rien ne vaut donc le consensus, le vrai. Seul lui peut aider le gouvernement lorsqu’il veut remettre les pendules à l’heure dans sa coopération avec l’International, sans forfanterie ou donquichottisme.
Sans base sociale, le pouvoir peut se retrouver autoritaire et solitaire. On en a déjà fait en maintes fois, ici et ailleurs, l’amère expérience.
La Rédaction
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