Carrefour-Feuilles, quartier longtemps réputé pour sa tranquillité, a accueilli pendant des années des familles fuyant les violences d’autres zones, des étudiants venus de la province et de nombreux artistes, peintres et écrivains. Citons notamment Préfète Duffaut, Pierre Clitandre, Claude Dambreville et Saint-Éloi. Carrefour-Feuilles, également l’un des foyers de la musique dite racine, revient aujourd’hui sous le feu de l’actualité avec le superbe roman de Thélyson Orélien : C’était ça ou mourir. Les premières pages, plus que saisissantes, racontent la crucifixion de Carrefour-Feuilles. Le personnage principal, le professeur Jonas, entreprend un long voyage plein d’embûches qui le mène vers le prétendu paradis du Nord, paradis en grande partie responsable de ce « ou mourir ». Mais là n’est pas le propos de l’écrivain.
Aujourd’hui, la majorité des habitants de Carrefour-Feuilles sont encore dans l’expectative. Ils ont tout perdu. Leurs demeures ont été pillées, certaines incendiées par des hordes de délinquants armés par ceux qui ont contribué à plonger le pays dans cette barbarie. C’est aussi le sort de nombreux autres quartiers populaires.
L’État porte une responsabilité majeure dans cette situation, puisqu’il a la charge de la sécurité des citoyens. Pourtant, personne ne sera dédommagé. D’ailleurs, dans les discours des politiciens qui viennent solliciter le vote des électeurs, il n’est pratiquement jamais question de mettre sur pied une commission chargée d’examiner les pertes subies par les habitants et les possibilités de réparation. Les prétendants au pouvoir semblent marcher sur des œufs dès qu’il s’agit d’établir les responsabilités dans l’armement et l’utilisation de ces jeunes par différents secteurs.
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