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Éditorial

Terreur sur la ville

Terreur sur la ville

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Port-au-Prince n’a jamais autant mérité son surnom de « port aux crimes ». La violence qui était déjà un fait quotidien s’est imprimée dans le décor. Il ne se passe plus rien sur le plan de la gouvernance qui s’est arrêtée net. Ce qui s’annonçait depuis longtemps, à savoir la conquête sanglante et triomphante de la ville, par de puissantes milices, a connu son épilogue depuis quelques jours. Une situation alimentée au niveau des politiques par l’arrogance des uns et la faiblesse analytique et tactique des autres. Pendant deux ans, nous avons traîné les pieds comme si l’éternité nous appartenait.

Le pouvoir comptait sur ses alliés étrangers qui finalement l’ont gavé de promesses sécuritaires non tenues. L’opposition savait qu’elle pouvait dormir sur ses deux oreilles parce qu’aucun processus électoral ne pouvait avoir lieu sans sa participation : c’est comme s’installer sur un volcan actif.

La solution haïtienne tant prônée, certes avec raison, était piégée dans le marronnage haïtien. La dérobade continuelle, le mépris à peine voilé de l’autre, sans compter l’intolérance et le manque de confiance dans ses pairs.

Le bien commun du peuple était rendu aux abonnés absents. Personne ne l’assurait. Certains faisaient ripaille, d’autres attendaient de pouvoir en faire de même, une autre catégorie se contentait de la pureté de ses intentions. Mais personne n’était – n’est jusqu’à présent d’ailleurs - légitime pour affronter les défis en mettant la main à la pâte. Or, comme dit le dicton, « qui ne tente rien, n’a rien ». Le changement ne viendra pas d’un coup de baguette magique : il faut le vouloir et tout faire pour le mettre en œuvre.

Entre-temps, la menace grossissait et la méduse nourrie de nos indifférences et polémiques sans grandeur a muté en un monstre implacable.

Plus effondré que failli, le gouvernement de la République s’est réfugié dans des fantasmes temporels, à savoir ajuster l’horaire de fin de « printemps ».

L’opposition, elle, s’échine désormais à trouver des représentants pour un Conseil présidentiel encore improbable. La communauté internationale se perd dans des rencontres interminables. La seule certitude se trouve désormais dans l’incertain. Car, ceux qui savent faire parler la poudre, ils ne s’arrêteront pas de si tôt. Toujours est-il que quelque calendrier ou saison que l’on considère, les pendules sont très loin d’être à l’heure.

 

Roody Edmé

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