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Lire Jean Casimir : une clé pour penser Ayiti au-delà du récit colonial et de l’oubli imposé

Lire Jean Casimir : une clé pour penser Ayiti au-delà du récit colonial et de l’oubli imposé

« Nous ne sommes pas entrés dans l’histoire, nous avons fait irruption dans l’histoire. » (Jean Casimir, «La culture opprimée», 1981)

Mise en contexte

À l'heure où Ayiti tangue sous les coups de boutoir d'une crise pluridimensionnelle presque sans issue, il sied de revisiter les méandres de son passé historique agité comme Sturm und Drang pour mieux comprendre les béances de son présent secoué. En février 2022 je m'étais pris entre une quête de réflexion historique qui me poursuit jusqu'à la curiosité de la compréhension heuristique de certaines figures ayitienne comme Jean Casimir et l'espoir d’y pondre mes appréciations critiques. Eu égard à cette ambition positive, j'ai voyagé entre un « dialogue de sourds » avec ses élites (2009) et l’omniprésente théorie de la culture opprimée, alors que le pays traîne, tel Sisyphe ou Paris de 967 face aux Vikings, le poids d’une histoire falsifiée et mutilée grandissante dans les bibliothèques et musées de l'Ouest colonialiste. J'avais vite compris que dès l’éviction brutale des cultures africaines — processus entamé dès l’établissement du Code Noir entre 1500 et 1685 et poursuivi tout au long du XVIIIe siècle — jusqu'à l’Occupation américaine (1915-1943, analysée en 2016), la trajectoire ayitienne s’apparente à un interminable recommencement sous d’autres atours en pointillés. Ce faisant, j'avais vite compris que l'État n’est pas qu’un simple appareil bureaucratique administrative de l'ordre établi, il est également le miroir brisé d’un pouvoir hérité du fouet colonial, recousu tant bien que mal par des mains tremblantes de l'Occident en mode opératoire assistanal et développementaliste durablement, preuve violente du CPT Viv Ansanm. Cela étant, dans ce carnaval tragique de la reproduction sociale, j'avais réalisé que la caste dirigeante s’acoquine encore aux anciens maîtres, relayant, mutatis mutandis, sciemment les mécanismes d'exclusion et de domination, dans la langue et dans leur quotidien bourgeois politique. D'où comprendre Ayiti aujourd'hui, c'est accepter de lever le voile sur ces héritages inavoués, où la mémoire bafouée réclame, envers et contre tout sauf les élites politicides et économicide, son droit de terre esclavagisée, colonialisée, esclavée qui a arraché son indépendance, haut et fort par les armes. Cette question reste entière et nette, cependant. Mais jusqu’à quand continuerons-nous à danser sur les braises de notre propre oubli historique ?

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