Une critique constructive des défis et ambiguïtés.
D’entrée de jeu, nous rassurons les concepteurs de l’ambitieux projet de la construction du « STADE TOUP POU YO », que notre intention, en écrivant cet article, n’est pas de leur faire la leçon, sinon que d’exercer notre devoir citoyen en offrant une critique constructive, empreinte de discernement, à une initiative qu'il convient, par-dessus tout, de soutenir.
Ce projet porté par l'ancien sénateur Patrice DUMOND (Pépé), passionné de football, qui s’est entouré de compétences diversifiées, peut avoir un véritable effet mobilisateur et inciter les instances publiques et privées, ainsi que nos concitoyens dans un élan de « citoyenneté solidaire et festive », à investir dans des projets sportifs majeurs et à se rallier à leur vision, afin de propulser le « Sport national » vers des sommets jusque-là inexplorés. Ne dit-on pas souvent que laisser vagabonder son imagination permet de réaliser des choses extraordinaires ou mieux encore, qu’il faut rêver en couleurs pour, au pire, atterrir en noir et blanc ?
Toutefois, en visionnant le documentaire de promotion du projet, plusieurs éléments méritent une attention particulière, car derrière l’enthousiasme affiché par les initiateurs se cachent de nombreuses zones d'ombres.
Aussi sollicitons-nous de l’indulgence par rapport à notre analyse dans lequel transpirent autant nos inquiétudes que nos aspirations à stimuler un dialogue ouvert, contradictoire et enrichissant, susceptible d'apporter des éclairages, des perspectives pertinentes ainsi que des propositions de solutions.
D'abord, la phase initiale du projet est empreinte d'opacité. L'implication tardive du « Mouvement sportif » et de la « Société civile » laisse planer des doutes sur le processus décisionnel. Une consultation plus précoce n’aurait-elle pas permis une conceptualisation plus équilibrée?
Ensuite, sur le plan technique, l'envergure de l’enceinte, prévue pour accueillir 35,000 places, exige une expertise robuste. Les architectes et ingénieurs sollicités ont-ils l’expérience nécessaire dans le domaine des infrastructures sportives? Un tel projet ne mérite-t-il pas l’implication, en amont, d’experts aguerris pour garantir sa pérennité ?
En outre, la viabilité financière demeure floue. L'absence de données chiffrées précises et d'un budget clair fait douter de la capacité à mener à bien cette initiative. En outre, il est surprenant de constater qu'un projet à but lucratif sollicitant des apports citoyens ne manifeste pas une transparence et une précision irréprochables concernant les retombées pour les potentiels contributeurs. La transparence financière est le socle de la crédibilité, et sur ce front, les incertitudes demeurent. Comment peut-on envisager, de manière crédible, un projet de cette envergure en sollicitant des contributions sans pour autant présenter un budget clair et détaillé, notamment en ce qui concerne les bénéfices pour les donateurs éventuels et des provisions pour les imprévus?
Par ailleurs, sur le plan territorial, si le projet est audacieux, son intégration dans un schéma de développement régional reste floue. Comment ce stade s'articulera-t-il avec les infrastructures existantes et les plans de développement de la zone de Croix-des-Bouquets et au-delà? Est-il judicieux de choisir cette localisation en dépit des risques environnementaux et sécuritaires manifestes ? Et, comment garantir la sécurité et le bien-être de tous les intervenants impliqués dans ce projet face à la menace constante des gangs armés dans la commune de la Croix-des-Bouquets ?
Après avoir visionné le documentaire, notre sentiment d'insatisfaction persiste, sachant la minutie et la rigueur qu’exige une évaluation environnementale approfondie pour garantir que le projet se réalise sans nuire à l'intégrité de la région. En considérant que les préoccupations sécuritaires liées à l'activité des gangs perdurent depuis des années, trois (3) questions fondamentales nous viennent à l’esprit :
- De quelle manière les porteurs du projet ont-ils procédé à une analyse environnementale aussi exhaustive et méticuleuse ?
- Comment prévoient-ils d'avancer en prenant pleinement en compte le paramètre critique qu'est la sécurité de toutes les parties impliquées dans la réalisation d’un projet d'une telle envergure ?
- Pourquoi, en dépit des défis environnementaux et sécuritaires palpables, les promoteurs du projet semblent-ils avancer sans offrir une vision claire et limpide des approches de mitigation qu'ils comptent adopter?
Enfin, la gestion future du stade suscite d’autres questions. Même avec la présence de personnalités reconnues à sa direction, la dynamique de la structure de gouvernance – Fondation TOUP POU YO (à confirmer) – et les méthodes de responsabilité financière ne sont pas clairement définies. Comment, dans ces conditions, assurer l’apport d’actionnaires privés, la participation active des communautés locales, instaurer la confiance et garantir un véritable sentiment d'appropriation citoyenne?
Par conséquent, si l'ambition du Stade "TOUP POU YO" est louable, elle se situe à la croisée d’interrogations équivoques et révélatrices, sinon à un carrefour critique, avec des préoccupations légitimes quant à sa viabilité et son succès à long terme.
Pour que cette initiative puisse véritablement servir de tremplin vers l'excellence sportive, des dispositions doivent être prises afin d'éclaircir les zones d'ombre et adresser les incertitudes et questionnements récurrents.
Aussi dans cette optique, oserions-nous faire trois (3) modestes recommandations aux promoteurs du projet :
- Mettre en place de mécanismes de transparence et d’une communication ouverte pour une meilleure participation communautaire
- Proposer une expertise technique et une planification financière éprouvées.
- Exposer des garanties d’intégration dans un écosystème régional urbain harmonieux et cohérent.
Ces suggestions, renforcées par les retours issus de débats ouverts résultant d'une communication inclusive, pourraient métamorphoser les défis actuels et les obstacles en chances de succès, faisant ainsi, qui sait, ce rêve devenir réalité plus vite qu'un lapin sortant d'un chapeau de magicien !
Mickelson THOMAS – Octobre 2023
