Parmi les quarante-huit (48) équipes qualifiées pour la Coupe du monde 2026, les parcours surprenants de l’Iran, de notre pays, de l’Irak et de la RDC appellent une lecture plus nuancée que celle d’une simple résilience.
Les Guépards de l’Iran s’appuient sur une culture footballistique ancienne, des structures relativement solides et un championnat relativement stable — Duckens Nazon, notre buteur national, y évoluait avant le déclenchement de la guerre — malgré les tensions géopolitiques régionales, expliquant en grande partie leur quatrième qualification consécutive.
À l’inverse, notre pays, l’Irak et la RDC relèvent moins d’un modèle stable que d’une forme d’exception. Absents du Mondial depuis 1974, nos Grenadiers et les Léopards de la RDC se sont qualifiés pour la plus grande Coupe du monde de l’histoire, dans des contextes marqués par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et la dégradation des conditions d’existence, en s’appuyant largement sur leurs joueurs formés à l’étranger. Les Lions de Mésopotamie de l’Irak ont réussi ce tour de force tout en continuant de composer avec les séquelles de la guerre, l’instabilité régionale et des contraintes logistiques permanentes.
Citer ces qualifications pour conclure que les infrastructures seraient secondaires serait tomber dans l’interprétation primaire du sophisme du survivant soutenant qu’on n’a pas besoin d’écoles parce qu’Einstein fut un génie autodidacte. Ces réussites ne démontrent pas l’inutilité de structures sportives, organisationnelles et logistiques cohérentes ; elles montrent seulement que, dans certaines circonstances, des talents rares, une diaspora mobilisée, un encadrement compétent et quelques conditions favorables peuvent pallier provisoirement leur absence.
La vraie question n’est donc pas de célébrer ces parcours comme des normes, mais de mesurer ce qu’ils masquent : des générations perdues, des vocations brisées et des talents jamais révélés faute de terrains, de centres de formation, de soins et de compétitions régulières. Car si le football peut parfois survivre au chaos, il ne peut s’y développer ni pleinement ni durablement.
D’autant que, pour Haïti, cette qualification tient aussi à la gestion rigoureuse et pragmatique du Comité de normalisation, parvenu, malgré l’adversité, à reconstruire un encadrement, à ressouder le groupe et à rétablir une chaîne de fonctionnement suffisamment cohérente pour mener l’équipe au Mondial. Avec l’apport de Bellegarde et d’Isidor, et l’attente d’autres renforts, l’horizon s’est déplacé : il n’est plus seulement question de participation, mais déjà d’un éventuel deuxième tour.
En substance, notre propos tient en ceci : l’adversité ne suffit pas à tout expliquer.
La liste des 48 qualifiés pour la Coupe du monde 2026 qui se déroulera du 11 juillet au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique à l’issue des barrages européens et intercontinentaux:
UEFA : Allemagne, Espagne, Angleterre, France, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Écosse, Portugal, Autriche, Norvège, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Turquie, Tchéquie, Suède.
CONMEBOL : Argentine, Équateur, Paraguay, Colombie, Uruguay, Brésil.
CAF : Maroc, Tunisie, Algérie, Ghana, Côte d’Ivoire, Égypte, Sénégal, Afrique du Sud, Cap-Vert, République démocratique du Congo.
CONCACAF : États-Unis d’Amérique, Canada, Mexique, Panama, Haïti, Curaçao.
AFC : Corée du Sud, Japon, Australie, Iran, Qatar, Jordanie, Ouzbékistan, Arabie saoudite, Irak
OFC : Nouvelle-Zélande
Les matchs de poules se joueront du 11 au 27 juin inclus. Les 16èmes de finale débuteront, eux, dès le 28 juin.
Mickelson Thomas
