La Coalition Nationale pour la Protection des Droits des Déplacés et du Citoyen (CNDDC-H) a publié, en avril 2026, un rapport d’alerte officielle mettant en évidence un désordre systémique et une reconfiguration du pouvoir en Haïti. Ce document, analyse la co-production de la crise et l’émergence de corridors de contrôle stratégique à travers le pays.
Dans un contexte d’effondrement institutionnel prolongé, la CNDDC-H estime que la situation actuelle ne peut plus être considérée comme une simple crise sécuritaire. Elle évoque une transformation progressive de l’ordre interne, marquée par la fragmentation du contrôle territorial, la reconfiguration des circuits économiques et l’instrumentalisation de la violence à des fins de régulation stratégique.
Le rapport souligne que les événements récents, notamment l’attaque de Ségin à Kenscoff, l’incendie d’un commissariat et les violences répétées dans la commune de Marigot, traduisent une escalade sécuritaire révélatrice d’une mutation structurelle. Selon l’organisation, ces faits s’inscrivent dans une dynamique cohérente marquant le passage d’une logique de conquête territoriale à une stratégie de contrôle des flux économiques et financiers.
La CNDDC-H identifie Marigot comme un point de bascule stratégique dans le Sud-Est. Elle avance l’hypothèse d’une dynamique de fragmentation territoriale visant à reconfigurer les équilibres régionaux et à contrôler les circuits économiques reliant Anse-à-Pitre, Marigot et Jacmel. Cette évolution dépasserait la dimension sécuritaire pour s’étendre à une logique de contrôle logistique et financier des espaces stratégiques.
L’analyse met également en évidence l’émergence de « corridors du chaos », constituant une nouvelle géographie du pouvoir. Deux axes majeurs sont identifiés : l’axe Sud-Est (Anse-à-Pitre – Marigot – Jacmel) et l’axe central (Artibonite – Mirebalais – Centre). Ces corridors deviennent, selon le rapport, des espaces de pouvoir informel, de captation économique et de régulation parallèle.
Dans cette configuration, les groupes armés apparaissent comme des acteurs intégrés à une économie de contrôle. Ils assureraient le contrôle des axes stratégiques, la perception de ressources informelles assimilables à une quasi-fiscalité, la sécurisation de circuits économiques parallèles et des fonctions de coercition au service d’intérêts structurés.
La CNDDC-H évoque également une co-production élargie de la crise, reposant sur l’interaction entre acteurs économiques, réseaux structurés et groupes armés. La violence serait ainsi utilisée comme un instrument de régulation économique, traduisant une forme de sous-traitance dans la gestion des flux et des espaces stratégiques.
Le rapport met en garde contre une transformation des fonctions de l’État, caractérisée par un affaiblissement et une substitution progressive dans ses missions essentielles, notamment la régulation économique, le contrôle territorial et la gestion des flux stratégiques. Cette dynamique favoriserait l’émergence d’un ordre parallèle fondé sur des mécanismes informels et coercitifs.
Enfin, la CNDDC-H alerte sur un risque de généralisation de ce modèle à l’échelle nationale, pouvant entraîner la capture des principaux axes économiques, la désorganisation des circuits commerciaux et une asphyxie progressive de l’économie haïtienne.
Au-delà des dimensions sécuritaires et économiques, l’organisation souligne une crise de l’ordre moral et institutionnel, marquée par la banalisation de la prédation, la normalisation des complicités et l’érosion des cadres éthiques.
En conclusion, la CNDDC-H estime que la crise haïtienne s’inscrit désormais dans une dynamique de désintégration systémique, articulée autour du contrôle des corridors stratégiques, de la captation des flux économiques et de l’utilisation fonctionnelle de la violence, appelant à une attention urgente des instances nationales et internationales.
Sorah Schamma Joseph
