Près de cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, le dossier connaît de nouveaux développements. Alors que l’enquête se poursuit en Haïti, le procès fédéral en cours en Floride s’impose désormais comme le principal théâtre des révélations sur ce crime à dimension transnationale.
Ouvert en mars 2026 à Miami, le procès vise plusieurs accusés impliqués dans la planification de l’assassinat, dont James Solages, Antonio Intriago et d’autres acteurs clés. Plusieurs individus ont déjà plaidé coupable et ont été condamnés à la prison à vie.
Au cœur des audiences, les témoignages d’anciens mercenaires et de complices présumés continuent de lever le voile sur les circonstances de l’attaque du 7 juillet 2021.
L’ex-militaire colombien Germán Alejandro Rivera García a ainsi affirmé qu’un plan initial visait à renverser le président par des manifestations populaires, avant l’installation au pouvoir du pasteur Christian Emmanuel Sanon. Ce scénario prévoyait notamment l’occupation du Champ de Mars avec des tireurs d’élite positionnés sur la Tour 2004.
De son côté, le Colombien Mario Antonio Palacios a révélé que les assaillants avaient passé environ une heure et demie dans la résidence présidentielle après l’assassinat, avant d’être bloqués par la police à leur sortie.
Les audiences ont également mis en lumière l’ampleur du financement de l’opération. L’homme d’affaires Rodolphe Jaar, alias « Dodof », a reconnu avoir injecté des fonds dans la préparation du complot, notamment pour l’achat d’armes et la logistique.
Selon les témoignages, plus de 150 000 dollars auraient été mobilisés, dont une partie destinée à corrompre des agents de sécurité du Palais national, notamment au sein de l’USGPN et de l’unité CAT Team. Jaar affirme toutefois ignorer que l’objectif final était l’assassinat du chef de l’État.
Par ailleurs, l’ancien sénateur John Joël Joseph a détaillé plusieurs scénarios envisagés : arrestation, exil, incarcération ou encore assassinat du président et de la Première dame. Il a également cité plusieurs noms impliqués dans la planification, confirmant l’existence d’un vaste réseau.
Le procès révèle aussi les motivations financières derrière l’opération. Mario Antonio Palacios a déclaré qu’une récompense de 300 000 dollars lui avait été promise, en plus d’un salaire mensuel initial de 2 500 dollars.
« Ces éléments confirment la thèse d’un complot structuré, impliquant des mercenaires colombiens recrutés et financés depuis la Floride dans le but de renverser le pouvoir en place et d’accéder à des contrats lucratifs. »
Parallèlement, l’enquête se poursuit en Haïti. Le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, a été auditionné par la Cour d’appel de Port-au-Prince dans le cadre du dossier.
Entendu comme témoin, il a été interrogé notamment sur son rôle dans le transport d’urgence de la Première dame Martine Moïse la nuit de l’attaque. Cette audition s’inscrit dans une série d’investigations visant à établir les responsabilités au niveau national.
Tout compte fait, l’assassinat de Jovenel Moïse demeure une affaire d’une extrême complexité, impliquant des acteurs haïtiens et étrangers. Si la justice américaine semble avancer plus rapidement, la population haïtienne continue d’attendre des réponses claires et des actions concrètes de la part des autorités nationales.
Vladimir Predvil
