Alors que la porte-parole adjointe de la Police nationale d’Haïti (PNH) n’avait pas pu préciser le nombre d’avis de recherche décernés à l’encontre des prisonniers évadés à la prison civile de la Croix-des-Bouquets le 25 février dernier, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a fait état de 346 détenus qui sont encore en cavale à travers un récent rapport sur la question.
Après la Fondation je klere (FJKL), c’est au tour du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) de fournir un rapport détaillé sur l’évasion spectaculaire ayant eu lieu à la prison civile de la Croix-des-Bouquets le 25 février 2021. « Mutinerie, évasion planifiée, traque et exécutions sommaires de détenus : Le RNDDH exige la sanction des personnes impliquées dans les évènements sanglants de la Croix-des-Bouquets », tel est le titre de ce rapport d’enquête portant la date du 1er avril 2021 acheminé à la rédaction du journal.
Selon le RNDDH, 32 personnes ont été tuées, 18 blessées et 433 détenus se sont évadés lors de l’évènement. Des chiffres qui diffèrent un peu de ceux du FJKL. En outre, le RNDDH, a indiqué que 87 détenus ont été reappréhendés pendant que 346 sont encore en cavale dans la nature. Pour le RNDDH, la Direction générale de la PNH, la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) ainsi que l’inspection générale de la PNH doivent publier les noms et les photos des 346 détenus en cavale.
En effet, ce qui a été fait avec une certaine limite. Puisque, lors d’une conférence de presse tenue mercredi 31 mars 2021 au local de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ), la porte-parole adjointe de la PNH, en l’occurrence Marie-Michelle Verrier, avait indiqué que l’institution policière avait lancé des avis de recherche à l’encontre des nombreux évadés sans citer leur nombre et leurs noms. Les avis ont été imprimés et montrés à la presse. Si les avis montrant le visage pour les membres du groupe « Fantom 509 » ont été publiés sur les réseaux sociaux, pour les détenus ce n’est pas encore le cas.
Tout comme la FJKL, le RNDDH a mis en exergue l’absence répétée des agents sur leurs lieux respectifs de travail comme l’une des causes ayant favorisé l’évasion, qui selon l’organisation, a été bien planifiée. « En effet, les moyens déployés, le minutage, la présence sur les lieux d’un véhicule de SANCO Entreprises S.A., tout a été prévu, dans les moindres détails et tout porte à croire que l’opération consistait à libérer le chef de gang de Village de Dieu, Arnel Joseph », a aussi fait remarquer le rapport d’enquête.
Pour ce qui d’Arnel Joseph, le RNDDH a indiqué que les autorités pénitentiaires n’avaient pas pris au sérieux ses 2 tentatives d’évasion en 2020 ainsi que les rumeurs persistantes sur la préparation de l’évasion du 25 février 2021. Contrairement à d’autres détenus, le rapport a mis en évidence le fait que le feu Arnel Joseph était soumis à un régime pénitentiaire très permissif où « il recevait de fortes sommes d’argent par CAM transfert et avait constamment plusieurs téléphones portables intelligents à sa disposition ».
Le 26 novembre 2019, le rapport a fait remarquer que le chef gang avait reçu durant son incarcération un montant de 500 dollars américains. Le 13 janvier 2020, 350 dollars américains et le 7 décembre 2020, un montant de 10.000 dollars américains. À travers une interview exclusive accordée au journal Le National et à la Radio Télévision Pacific ce lundi 5 avril 2021, la responsable de programmes du RNDDH, Marie Rosie Auguste Ducenat, a fait savoir que c’est illégal pour un détenu d’avoir des téléphones portables à sa disposition ainsi que de fortes sommes d’argent.
En guise de recommandations, le RNDDH demande aux autorités policières d’enquêter sur l’implication des agents de la DAP dans la préparation de l’évasion ainsi que sur les nombreuses activités commerciales des agents au sein de la prison tout en faisant la lumière sur les circonstances de la mort du responsable de la prison, Paul Hector. Le réseau enjoint les autorités à « prendre contact avec les membres des familles des 31 détenus » qui ont péri lors de l’évènement.
Faut-il signaler, le rapport du RNDDH a fait remarquer d’une part, que depuis l’invasion, l’insécurité bat son plein dans la commune de la Croix-des-Bouquets, et d’autre part, parmi les détenus qui sont en cavale, un certain « Gilbert Joseph », 2 jours après sa fuite lors de l’évasion, s’est rendu dans la résidence du magistrat Jeanty Souvenir et l’a blessé par balles.
Wisly Bernard Jean-Baptiste
