«On doit anticiper et donner une réponse au problème de l'insécurité alimentaire qui crée pas mal d'inquiétudes et de difficultés dans les familles haïtiennes», a lancé d'entrée de jeu Harry Nicolas, connu sous le nom de Mèt Fèy Vèt. Ce problème garde toute son ampleur par rapport à la détérioration du climat sécuritaire du pays, l'accès limité des commerçants vers les villes de province et la mauvaise gouvernance au niveau de l'État. Avec une somme d'environ 800 millions de dollars, on peut assurer la relève de la production nationale et faire face à l'insécurité alimentaire, a affirmé l'initiateur du Projet «Kore Pwodiksyon Lokal».
L'insécurité alimentaire dans notre communauté est un sujet qu'on doit aborder avec soin. Haïti est un pays tropical qui reçoit ordinairement une quantité de pluie assez suffisante pouvant aider dans la production agricole et le développement de ce secteur. Entre autres, il n'y a pas un problème de production dans le pays, il y a au contraire le manque d'encadrement des producteurs par les gouvernements où la facilitation aux semences aux denrées et matériels agricoles reste encore un grand défi pour les travailleurs de la terre, dont une bonne partie du Produit intérieur brut (PIB) du pays, repose sur leur faible productivité. «Nous avons accès au soleil, nous avons plein de ressources disponibles, c'est le savoir-faire qui nous manque. Notre société n'a pas un problème de production, il y a un problème de distribution des produits cultivés», a poursuivi Harry Nicolas.
Néanmoins, le responsable du projet Kore Pwodiksyon Lokal (KPL) informe qu'avec une somme d'environ 800 millions de dollars, on peut aborder la question de l'insécurité alimentaire en Haïti et donner une réponse à ce fléau. «L'État est le principal décideur, le budget du ministère de l'Agriculture et des Ressources naturelles et du Développement rural est d'environ 50 millions de dollars. Qu'est-ce qu'on peut faire de mieux avec une si faible somme d'argent pendant une année, alors que les paysans sont mal équipés, ils n'ont pas de subvention, aucune assistance, ils demeurent dans la subsistance comme mode de survie économique, alors que notre terroir dispose d'un énorme potentiel agricole qui peut contribuer à la consommation et au développement du pays. Il faut en ce sens, une vocation directe de l'État ainsi que son implication pour relever la production locale.
Harry Nicolas plaide aussi pour une politique vivante capable de défendre les intérêts du pays. Selon lui, les acteurs doivent chercher à résoudre les problèmes liés à la circulation des produits agricoles, rendre accessibles aux paysans les semences et les intrants agricoles, en leur facilitant de meilleurs prix pour ces produits. «On ne doit pas aborder la question de l'insécurité alimentaire en considérant Haïti comme étant un pays incapable d'offrir à sa population de quoi à manger. Il faut le voir avec plus d'autonomie, en acceptant qu'il y ait un manque de volonté de la part des dirigeants de l'État. Il faut que les bailleurs, tous les acteurs concernés par le secteur de l'alimentation et de la production en Haïti, mettent à disposition des planteurs des capitaux, du crédit, des prêts et des moyens nécessaires pour encourager la production», a-t-il conclu.
Oberde Charles
