Du 12 au 15 mai, une délégation de l’Unité technique d’exécution du ministère de l’Économie et des Finances (UTE/MEF), accompagnée de représentants du secteur énergie de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), a parcouru plusieurs communes du nord-est du sud et de la grand ’Anse afin d’évaluer l’avancement des projets énergétiques dans le cadre du programme AMACEH. L’objectif : améliorer l’accès à une électricité en Haïti afin de soutenir le développement économique du pays et de renforcer la gouvernance du secteur énergétique.
Dans plusieurs zones rurales d’Haïti, la tombée de la nuit plonge encore de nombreuses communautés dans l’obscurité. Pour beaucoup de familles, l’électricité reste un luxe, accessible seulement à ceux qui peuvent se procurer du carburant pour faire fonctionner une génératrice. Dans certaines localités, cette réalité commence à changer. Grâce au programme d’amélioration de l’accès à l’électricité en Haïti (AMACEH), plusieurs communautés voient naître de nouveaux projets énergétiques basés sur l’énergie solaire.
À Génipailler, dans la commune de Milot, le projet dépasse largement la simple question de l’électricité. Ici, tout est parti d’un rêve : celui de reconstruire autrement après le séisme du 12 janvier 2010. Sur une ancienne plantation de canne à sucre, le Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN) a créé la « Cité du Savoir ». Des écoles, une université, un centre de santé et plusieurs activités communautaires voient le jour progressivement sur le site. Mais un défi reste de taille : comment faire fonctionner durablement toutes ces infrastructures sans électricité fiable. C’est pour répondre à ce besoin qu’a été lancé le projet de mini-réseau de Génipailler « Pi Gran Enèji », financé par le programme AMACEH implémenté par l’unité technique d’exécution du ministère de l’Économie et des Finances (UTE/MEF), avec l’appui financier et technique de la BID.
« Nous sommes en train de construire le mini-réseau solaire de Génipailler. La future centrale comprendra 672 panneaux photovoltaïques de 570 watts chacun », explique l’ingénieur Freud Francisque, directeur du projet. « Cette infrastructure permettra d’alimenter tous les bâtiments de la Cité du Savoir : notre école, l’université ISTEAH ainsi que le centre de santé communautaire. »
Mais l’ambition va encore plus loin. Selon le responsable du projet, environ 1 400 ménages des localités voisines de Laurie, Carrefour des Pères et Baudin auront également accès à l’électricité grâce à l’extension du réseau. Pour ces familles, l’arrivée d’un courant disponible 24 heures sur 24 représente une véritable révolution.
Les promoteurs du projet espèrent que cette électrification ouvrira la voie à une nouvelle phase de modernisation et de développement économique pour toute la région. Les commerces pourront fonctionner plus longtemps, les étudiants auront de meilleures conditions d’apprentissage et les services de santé gagneront en efficacité.
À Carice, une population qui refuse d’attendre
Plus loin, à Carice, dans le Nord-Est, la population a choisi de ne pas attendre passivement l’arrivée de l’électricité. Là-bas, les habitants se sont mobilisés eux-mêmes pour relancer une centrale solaire restée inachevée depuis plusieurs années. Accessible par une route difficile depuis Ouanaminthe, cette commune de plus de 10 000 habitants nourrit aujourd’hui de grands espoirs autour de sa centrale dont la construction a été lancée en 2020 par l’Électricité d’Haïti (EDH). Pour permettre la reprise des travaux, l’État haïtien, à travers le MTPTC, a signé un accord autorisant l’exploitation du réseau électrique avec les partenaires du projet. Lorsque les responsables du programme AMACEH décident de financer 60 % les travaux de réhabilitation, la communauté s’est immédiatement mobilisée pour trouver le reste des fonds nécessaires avec l’appui du développeur privé SKDK.
« Dans la commune, l’électricité était rare : seuls ceux qui avaient les moyens de faire fonctionner une génératrice pouvaient bénéficier du courant.», raconte Jacquelin Osias, président du Comité d’engagement communautaire de Carice.
Porte-à-porte, réunions communautaires, campagnes de sensibilisation : les habitants se sont impliqués directement dans le projet. Cette mobilisation citoyenne est devenue l’un des symboles les plus forts du programme AMACEH. « Dès que les travaux de clôture ont commencé, les habitants ont senti que le projet devenait enfin réel. Cela a redonné beaucoup d’espoir et de fierté à toute la communauté. » confie Jacquelin Osias.
Une fois réhabilité, le mini-réseau solaire de Carice pourra fournir de l’électricité à plus d’un millier de foyers, ainsi qu’à des écoles et de petites entreprises, grâce à l’ajout de nouveaux panneaux solaires financés par le programme AMACEH.
Caracol accélère sa transition énergétique
Pendant ce temps, dans le Nord-Est, le Parc Industriel de Caracol poursuit aussi sa propre transformation énergétique. Lancé en 2011 avec le soutien de la Banque Interaméricaine de Développement et du gouvernement américain, le parc industriel fait aujourd’hui du solaire l’un des piliers de son développement. En 2019, la BID accorde 30 millions de dollars américains supplémentaires pour soutenir le programme AMACEH et accélérer le développement énergétique du Parc. À travers cet investissement, l’objectif est de faire du PIC une zone industrielle plus autonome sur le plan énergétique et plus compétitive dans la région caribéenne. Aujourd’hui, Les travaux avancent rapidement, plus de 16 000 panneaux photovoltaïques sont déjà installés sur deux sites qui accueilleront à terme plus de 21 000 panneaux solaires. La centrale devrait produire 13,4 mégawatts d’électricité.
« Actuellement, la centrale thermique alimente le PIC ainsi que cinq communes avoisinantes. Environ 15 000 abonnés bénéficient d’un service d’électricité disponible 24 heures sur 24 », explique Guy Laroche, coordonnateur du programme AMACEH à l’UTE/MEF.
La mise en service du projet solaire permettra de renforcer ce service énergétique. L’objectif est clair, réduire la dépendance du parc industriel aux carburants fossiles et diminuer le poids des subventions publiques destinées à l’achat de carburant. Cette transition devrait également renforcer la résilience énergétique de la région face aux pénuries fréquentes.
Une nouvelle vision pour l’énergie en Haïti
À travers l’ensemble de ses initiatives, le programme AMACEH ne cherche pas seulement à installer des panneaux solaires. Les autorités gouvernementales tentent surtout de démontrer qu’une autre approche du développement est possible en Haïti : une approche basée sur les énergies renouvelables, les partenariats public-privé et l’implication directe des communautés.
Lancé en 2019, le programme AMACEH vise à améliorer l’accès à l’électricité en Haïti grâce au développement de mini-réseaux électriques alimentés principalement par l’énergie solaire, avec la participation du secteur privé. Le programme soutient également la transition vers les énergies renouvelables au Parc Industriel de Caracol ainsi que le renforcement des capacités de régulation et de planification du secteur énergétique.
Dans le cadre de cette initiative, cinq centrales solaires sont actuellement en construction afin de fournir de l’électricité à des communautés ayant un accès limité au courant. Ces projets sont situés à Génipailler, dans le Nord, à Carice dans le Nord-Est, à Marfranc et Chambellan dans la Grand’Anse, ainsi qu’à Port-Salut avec l’installation d’un système solaire à l’école Vanita Dena.
Le programme est mis en œuvre par l’Unité Technique d’Exécution (UTE) du ministère de l’Économie et des Finances, en collaboration avec deux partenaires techniques : l’ANARSE et la Cellule Énergie du MTPTC.
Gaby SAGET
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