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Tribune

La vingt-sixième heure

La vingt-sixième heure

En me lisant, certains, conditionnés par  de vieux réflexes, fulmineront des anathèmes. Je ne m’y arrêterai pas, réservant mon écoute à ceux qui par le poids de leurs arguments pourraient ébranler une position mûrement réfléchie et douloureusement adoptée. Et plus encore, je serai touché par la sincérité des voix qui annonceront joindre l’acte au radicalisme nationaliste verbal, soit en restant sur notre sol avec toute leur famille, soit en organisant des vols charter pour rentrer y vivre ou y mourir solidairement à nos côtés. C’est ce témoignage qu’ont donné des Ukrainiennes et des Ukrainiens regagnant leur patrie pour y combattre l’envahisseur.

        Bref, nous approchons de la vingt-quatrième heure, celle qui précède les lendemains qui déchantent. Donc il est grand temps de parler clair et de parler vrai. Grand temps de choisir d’être chair ou poisson. Grand temps, sans fioritures de style, d’assumer le rejet de toute forme de présence militaire étrangère sur notre territoire, en proposant une réponse  alternative préservant des suites catastrophiques et mortifères, si ce n’est génocidaires et suicidaires, de l’effondrement de l’État haïtien. Mais il est aussi temps, si l’on pense différemment, de se résigner à cette aide militaire et de le dire, même les yeux embués de larmes, tout en prévoyant sa gestion afin de réduire ses effets négatifs et de  maximiser les bénéfices possibles de ce « mal nécessaire ». Afin de ne pas manquer, encore une fois une occasion de crever l’abcès pour repartir sur des bases sociales assainies. L’histoire n’a pas pour habitude de repasser les plats !

        Pour ma part, j’ai appris, à la rude école du vécu, que l’amour propre n’est pas la dignité, pas plus que la posture nationaliste (pour la photo-souvenir ?) ne se confond avec le patriotisme. Voilà pourquoi je déclare qu’il faut sortir du déni et prendre acte de notre impuissance avérée à nous sortir, par nos seules forces de police et notre embryon d’armée, d’une situation exigeant, selon les experts, une solution militaire, au moins dans son premier volet. Je déclare donc que pour éviter la disparition violente  de milliers d’entre nous, Haïtiens de toute catégorie, et empêcher aussi la disparition de la République d’Haïti, nous avons besoin qu’une assistance ou aide militaire soit apportée aux forces nationales de sécurité. Une telle assistance ne se confond pas fatalement avec une occupation étrangère, quoi que puissent prétendre les confusionnistes de tout bord. Quant à l’idée de souveraineté nationale, elle n’a pas seulement de sens face aux autres pays. Elle signifie d’abord qu’il ne doit exister nulle puissance supérieure à celle de l’État ou limitant celui-ci dans l’application de la loi sur tout le territoire. Surtout pas la toute-puissance des associations criminelles et des gangs qui, étendant chaque jour leurs fiefs, dépècent l’espace haïtien et s’en disputent les lambeaux. Il faut à l’État haïtien une aide à la reconquête de la souveraineté nationale.

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