Le Premier ministre dans le régime politique de 1987
Pendant longtemps, des analystes politiques, juristes, professeurs de droit, universitaires et des universités ont réalisé des activités académiques en vue de comprendre le rôle que la Charte de 1987 a assigné à la fonction de Premier ministre et son importance dans le schéma constitutionnel. En fait, contrairement à ce que certains juristes ont relaté, la fonction de Premier ministre n’est pas une innovation de la Constitution de 1987. Depuis les amendements de la dernière Constitution macoutique de 1983 dans la tourmente de la crise de 1985, les constituants avaient intégré la dyarchie exécutive dans le droit public haïtien. Cependant, l’on doit dire que le pouvoir macoutique n’avait pas eu le temps d’expérimenter son innovation.
C’est avec le tandem Manigat- Martial Celestin que la première expérimentation avait eu lieu. Mais, le Premier ministre prévu par la Constitution amendée 1983 était un pur exécutant, il n’était pas un chef de gouvernement. Le président cumulait à l’époque les fonctions de chef de l’État et du gouvernement. L’un des héritages de l’autoritarisme présidentiel haïtien est un relent de peur qui entoure la fonction présidentielle et qui génère une sorte de vénération du président haïtien.
La Constitution de 1987 a été rédigée dans un contexte de tohu- bohu émotionnel et d’euphorie. À la chute des Duvalier, on a choisi d’affaiblir la présidence, et donc l’Exécutif au profit du Parlement de peur qu’on revive les atrocités d’antan. Il y a une phrase du président de l’assemblée constituante qui traduit de façon radicale l’anti-présidentialisme institué dans la Constitution de 1987 : « Nous avons enlevé les dents de la République afin qu’elle ne puisse mordre. » C’était la solution idéale, dit-on, contre toute velléité autocratique et dictatoriale des Présidents. En effet, les constituants n’avaient pas pris le soin d’étudier les enjeux de l’après-Duvalier et d’analyser le contexte sociopolitique ayant accouché le régime des Duvalier. Avant de se lancer dans la rédaction de la nouvelle Constitution, il fallait produire des réflexivités sur les contradictions sociales, la question de couleur et la lutte des classes qui existaient dans le pays, car, avant toute chose, la Constitution est un contrat social, un projet inclusif de société et un pacte de gouvernabilité. Il faut dire que les constituants n’ont pas fait cas de ces considérations et leur démarche était hâtive, alors qu’ils devaient procéder avec sang froid et manière parce qu’il s’agissait de l’avenir du pays. Malgré les cris de l’un des intellectuels haïtiens le plus lucide de son époque, Michel Rolf Trouillot à travers les cahiers du vendredi soir, ses nombreuses publications dans les colonnes du Nouvelliste et la sortie de son ouvrage culte sur l’origine et l’évolution de l’État macoutique intitulé : les racines historiques de l’État Duvalierien, les constituants n’ont pas voulu l’écouter.
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