PARTIE I
Ce mois-ci, je voudrais que nous prenions un instant pour regarder Haïti autrement que par les images qui circulent, les discours que nous entendons et les malheurs auxquels nous finissons parfois par nous habituer. Je voudrais que nous essayions de voir ce pays à travers les yeux de nos enfants qui grandissent ici, à qui nous avons appris le nom des héros de l'indépendance, qui nous ont entendu raconter les sacrifices de nos ancêtres et qui, un jour, ont commencé à comprendre que la grandeur dont nous leur avons parlé ne correspond pas toujours aux conditions dans lesquelles ils doivent vivre. Ces enfants n'ont pas choisi les difficultés de leur époque, ils n'ont pas participé aux décisions qui ont fragilisé les institutions et ils ne sont responsables ni des erreurs accumulées avant leur naissance ni des injustices qui pèsent sur leurs familles. Pourtant, ce sont eux qui devront vivre avec les conséquences de nos choix, porter les espoirs que nous n'aurons pas réalisés et décider, lorsqu'ils en auront la possibilité, de ce qu'ils feront de l'héritage que nous leur aurons transmis.
Cette situation devrait nous interpeller profondément, parce qu'elle nous oblige à déplacer notre regard. Au lieu de nous demander uniquement ce qu'Haïti a été, nous devons aussi nous demander ce que nous sommes en train d'en faire. Au lieu de mesurer notre valeur exclusivement à la grandeur de notre passé, nous devons examiner ce que cette grandeur nous oblige à accomplir dans le présent. Et au lieu de considérer les difficultés actuelles comme une condamnation définitive, nous devons chercher à comprendre les mécanismes qui les entretiennent, les responsabilités qui nous incombent et les possibilités que nous pouvons encore mobiliser pour construire une société plus juste.
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