Haïti née dans la révolte ne saurait être neutre
Comment peut-on administrer comme conseil à un gouvernement de se réfugier dans ce que l’on appelle, avec une légèreté coupable, la « neutralité stratégique » ? Le terme à peine prononcé sonne déjà comme un reniement, une abdication morale, une capitulation déguisée sous un vocabulaire technocratique. Il ne peut être appliqué sans trahir l’histoire, sans piétiner la mémoire, sans tourner le dos à la géopolitique réelle. En vérité, s’il est un pays au monde pour lequel le mot neutralité est un vêtement trop étroit, c’est bien Haïti.
Dans les principes élémentaires du conseil gouvernemental, il existe une règle cardinale, presque sacrée : on ne prescrit jamais à une nation un remède qui contredit son ADN historique et sa dignité ontologique. Or cette neutralité, qu’on nous sert aujourd’hui comme une panacée, n’est rien d’autre qu’un poison lent, un anesthésiant destiné à endormir la conscience d’un peuple.
Cette affaire de « neutralité stratégique », ce slogan creux martelé ces derniers jours comme un tambour funèbre précédant le cortège de notre propre enterrement, n’est pas une politique : c’est un aveu de faillite intellectuelle. Dans notre malheureux pays, notre Haïti martyrisée, cette terre suppliciée qui porte l’histoire sur ses épaules comme Atlas portait la voûte céleste, cette neutralité est une tentative grossière d’effacement.
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