Haiti au carrefour d'une dette historique injuste et d'une crise de leadership étatique
La nomination par décret d'une commission mixte pour l'étude de la question de l'indemnité historique de 1825 est une décision annonciatrice d'un plaidoyer du droit international vis-a-vis du droit d'existence souveraine de la nation haitienne. Un droit qui a été violé et baffoué dans un contexte colonialiste, où les grands principes du droit international n'existaient pas. Aussi, la puissance militaire a pu être le seul argument du gouvernement français qui était coupable du génocide des peuples autoctones de l'île et des peuples africains transplantés pour remplir la fonction de main-d'oeuvre asservie par le code noir. La déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU fut comme un acte politique, sociologique, philosophique, anthropologique, posant les axiomes juridiques pour défendre et protéger les hommes contre toutes les formes d'oppression, quelque soit leur langue, leur couleur, leur religion. Cette déclaration permet aussi la condamnation de l'esclavage et de la colonisation comme des crimes contre l'humanité des peuples qui en furent victimes. Aussi, l'indemnité imposée par l'ordonnance de Charles X au gouvernement de Jean Pierre Boyer en 1825, et qui eut un terme en l'année échancière de 1888, doit être aussi interprétée comme un crime économique contre la nation haitienne et qui doit être l'objet d'un procès historique mettant face à face les gouvernements contemporains haitiens et français. Quel regard porter sur une actualité de cette dette historique, dont les motifs et les moyens d'obtention furent contraires a tous les principes du droit international qui doit régir des rapports pacifiques, amicaux, et démocratiques entre les peuples et les états souverains?
En 2003, le gouvernement Lavalas avec le leadership populaire de Jean Bertrand Aristide, contesté par l'opposition GNbiste, initia officiellement la réclamation de la restitution de la dette de 1825. Un acte nationaliste qui a constitué l'un des causes de sa destitution au pouvoir en février 2004. Mais, les différentes interventions internationales en faveur des peuples victimes de l'esclavage et de la colonisation ont montré l'urgence d'un devoir morale que doivent remplir les états qui ont eu des colonies esclavagistes en Afrique et Amérique. Spécialement, les prises de parole de la député de la Guyanne française, Christiane Taubira, les philosophes Etienne Baliba et Bertrand Bardi, et le chef du parti politique "la France insoumise" Jean Luc Mélanchon qui ne cessent jamais d'honorer la mémoire des victimes et des héros de 1804. C'est donc la nécessité d'un tel procès qui justifie les travaux de la commission mixte sur l'indemnité de 1825. Une commission qui a été créée et dont la présidence doit être assurée par l'historienne Gusti Klara Gaillard Pourchet, selon le décret du 8 août 2025. Mais, face à la crise de leadership étatique auquel Haiti fait face, il y a lieu de se demander quel est l'avenir des disccussions sur la restitution des sommes que les gouvernements haitiens successifs, de 1825 à 1888, ont versé au pays de l'Hexagone?
La visite successive des présidents français Nicolas Sarcozy et François Hollande en Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 fut inscrite dans une logique de reconnaissance de la faute historique commise par la France contre l'État haitien, durant l'histoire nationale d'Haïti. Nicolas Sarcozy a été plus explicite que François Hollande qui avait prononcé un discours ambigu sur les rapports historiques entre les deux pays. D'autant plus que le lapsus du président du parti socialiste (PS) français sur les patronymes de Jean Jacques Dessalines n'a été qu'une occasion de suspicion sur la volonté réelle de la France à remplir son devoir morale historique. Par ailleurs, dans un récent discours, pendant la journée de la commémoration de la mort de Toussaint Louverture, l'actuel président français Emmanuel Macron avait montré un engagement plus explicite de la France à se responsabiliser vis-a-vis de sa culpabilité et de sa dette économique, morale et historique à l'égard d'Haiti.
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