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Passerelle

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Au lendemain de la proclamation de l'indépendance, notre jeune nation s'est retrouvée face à deux conceptions tout à fait différentes, voire opposées de l’exercice du pouvoir. Le Général Jean Jacques Dessalines et par la suite, le Général Henri Christophe étaient de ceux qui croyaient que les fondements de la nouvelle nation devraient reposer essentiellement sur les traditions ancestrales faisant du chef le responsable et le garant de la sécurité et du bien-être de tous.  En face d'eux se tenaient ceux qui croyaient durs comme fer aux vertus d'une république qui embrasserait les valeurs issues de la Révolution française de 1789. Le chef de file de cette tendance était le Général Alexandre Pétion.  

 

  Ces deux visions se sont donc affrontées dès le début constituant de fait la véritable toile de fond de la     lutte pour la conquête du pouvoir politique dans notre pays et ce depuis toujours. 

 Le parricide de Jean Jacques Dessalines qui a provoqué  l’effondrement de l'accord ayant servi de passerelle entre ces 2 visions de gouvernance n'a été dans une certaine mesure que la continuité de la guerre du Sud laquelle avait scellé la victoire de l'armée du Général Toussaint Louverture sur celle du Général André Rigaud dont Pétion était le lieutenant. Le congrès de l’Arcahaie le 18 mai 1803 d'abord, et ensuite la rencontre du Camp Gérard les 5 et 6  juillet 1803 entre Dessalines, alors chef des insurgés et le général Geffrard chef des officiers de l'armée du Sud avaient été des pas importants. Étapes dictées probablement par les circonstances de l'heure dans la mise en place d'une unité de commandement nécessaire à la bonne entente et à la cohésion sur le terrain dans la perspective de mieux contrer les offensives de l'armée expéditionnaire du général Leclerc.  

 

 

  Avec la mort de l'Empereur Dessalines, le premier socialiste des temps modernes, le 17 octobre 1806, la vision  républicaine de Pétion allait s'affirmer pour se consolider avec son successeur le Président Jean-Pierre Boyer qui, après le suicide du Roi Christophe, allait faire d'Ayiti une République. Rappelons qu'après l'assassinat de Dessalines le pays était divisé en deux: le royaume du Nord d'Henri Christophe comprenant l'Artibonite, le Plateau central, le Nord, le Nord-Ouest et le Nord-Est  et la République d'Alexandre Pétion au sein de laquelle on retrouvait, l'Ouest, le Sud-Est, le Sud, les Nippes et la Grande-Anse.  

 

  Ayiti était donc devenue la République d'Haïti, une et indivisible jusqu'au sacre du Président Soulouque comme Empereur, le 18 avril 1852.

Redevenu République en janvier 1859 avec l'arrivée au pouvoir de Fabre-Nicolas Geffrard, le pays allait, quelques années après la chute de ce dernier, voir l'émergence pour la première fois sous la présidence de Boisrond Canal de deux grands partis politiques : le parti libéral et le parti national

 

Le slogan du parti national était le pouvoir au plus grand nombre et celui du parti libéral, le pouvoir aux plus capables. Deux slogans qui, à eux seuls, résumaient telle quelle la réalité sociale sur le terrain. Ici et là deux groupes organisés idéologiquement qui, en rangs serrés, se battaient pour le triomphe de leurs idées et de leurs conceptions pour prendre en mains les rênes du pouvoir.   

 

À travers la formulation de ces slogans, les politiciens d'alors paraissaient être en avance sur ceux d'aujourd'hui et de loin, plus réalistes en terme d’organisation de la vie politique autour de partis politiques, avec des slogans qui donnaient une idée plutôt exacte de notre réalité en ces temps-là!  Kidonk, d'un côté, un groupe, minoritaire qui se battait pour le maintien des privilèges liés à l'exercice du pouvoir versus un autre groupe qui s'estimait majoritaire qui en avait assez d'être exclu.  Et depuis, qu'est-ce qui a changé si ce n'est que d'environ 3 millions à cette période nous sommes passés à 11 millions sans avoir vraiment négocié nos problèmes de fond pour les résoudre de façon pacifique?

 

 Qui représentait les aspirations du plus grand nombre? Qui faisait à l'époque partie de cette élite des plus capables? Qui constituait cette grande majorité? Dans quelle catégorie se retrouvaient ceux qui faisaient partie de l'élite, de la grande majorité? Pour une fois et sans hypocrisie, les dés étaient jetés et la lutte pour le pouvoir, du moins à la chambre des députés, permettait l'expression ouverte de deux courants de pensée différents et antagoniques toujours présents dans la réalité politique de notre pays.

 

Cette expérience qui a été de courte durée a eu comme conséquence de renforcer idéologiquement la rupture entre ces deux visions idéologiquement opposées.

 

 Le débat aujourd'hui n'est pas de recréer ce qui est révolu, mais de s'approprier de notre histoire pour la dépasser, la transcender dans l’objectif de créer une synthèse, une véritable passerelle entre les deux projets de société en ce début du 21e siècle avec un nouveau slogan rassembleur et unificateur:

 

 

 Le pouvoir, avec l'appui du plus grand nombre, aux plus capables pour le plus grand bien de tous

 

 

 Si nous voulons que certains drames ne se reproduisent plus dans notre société, si nous voulons que la politique se fasse finalement autrement, il nous faut, collectivement, faire le deuil de notre passé tumultueux et violent pour retrouver en nous-mêmes et pour nous-mêmes notre dignité et notre fierté. 

 

 Serons-nous à la hauteur et qui sont aujourd'hui les plus capables? 

 

Samuel E.Prophète

 

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