Les populations de Solino (Port-au-Prince): L’attachement à un milieu dévasté ou la manifestation du deuil non consommé
Le quartier de Solino se distingue comme un patrimoine socio-affectif et économique. Il tient lieu de prolongement de la personnalité de chacun de ses habitants qui se construit un milieu de vie au-delà de l’habiter. Le panorama du collectif voile des histoires personnelles liées à des relations intimes au quartier. L’accès à la terre est partie prenante de l’identité sociale des gens. Les populations ne sauraient se déposséder alors de leur identité. La culture du risque s’entremêle avec l’attachement à son milieu de vie.
En effet, le retour des déplacés forcés de Solino dans leur quartier d’appartenance est l’objet de maints commentaires des uns ou des autres. La stigmatisation prévaut en qualifiant les sujets de résignés, de proches des gangs, de naifs ou courageux.Dans d’autres cas,les situations économiques précaires limitent ces déplacés forcés à regagner l’ emplacement de leur habitat vandalisé, endommagé ou détruit. Le besoin de faire le deuil dans le milieu dévasté importe beaucoup en dépit des risques et menaces de représailles des gangs armés. Ils s’emmènent à l’aveuglette pour choisir entre l’attachement insatiable à leur milieu de vie et le deuil de ce milieu dévasté pour se reprendre , continuer à résister et reconstruire au prix de risques imminents.
Il y a lieu de constater si les déplacés forcés tiennent à faire le deuil ou animer leur vie sur les ruines de la violence dont ils ont été victimes. Les dommages sont flagrants qu’ils ne peuvent les nier. Car l’une des phases du deuil c’est le refus de la perte du fait d’être destabilisé. Cependant les constats des dégâts suite à l’appel des caïds aux déplacés à retourner dans leur quartier se réveillent des émotions. Ils sont choqués, abattus déboussolés , désespérés et mécontents des forfaits des caids et leurs sujets contre leurs biens et leur projet de vie. Ils en cherchent les causes jusqu’à se culpabiliser ou se développer des sentiments de dévalorisation de soi pour avoir cohabitéé avec d’autres qu’ils diabolisent.
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