Une entrée par la littératie : un levier structurant pour l’apprentissage de la langue écrite et la consolidation du parcours scolaire
Introduction
L’apprentissage de la langue écrite constitue un enjeu fondamental de la scolarité, conditionnant non seulement l’accès aux savoirs, mais aussi l’autonomie cognitive, la réussite éducative et la participation citoyenne, voire plus largement, l’émancipation. Or, malgré l’importance reconnue de cet apprentissage, de nombreux élèves peinent à établir un rapport solide et confiant à l’écrit. Une explication majeure réside dans la persistance d’un enseignement traditionnel centré principalement sur le décodage, la transcription et les règles grammaticales. Cette approche traite l’écrit comme un code abstrait, décontextualisé et normatif. Bien qu’elle puisse convenir aux élèves déjà familiers des codes scolaires, elle fragilise ceux dont les expériences langagières diffèrent, en particulier les élèves issus de milieux populaires, et génère des malentendus sociocognitifs (Bautier & Goigoux, 2004).
Le défi de l’entrée formelle dans la langue écrite est particulièrement manifeste dans des contextes bilingues comme en Haïti, où la majorité des élèves grandit en créole tout en devant apprendre à lire et à écrire en français, langue dominante de l’école (Govain et al., 2023). Ce décalage initial entre la langue orale et la langue écrite rend l’accès à l’écrit plus complexe, surtout pour les enfants issus de milieux défavorisés, et montre comment une approche techniciste, loin de compenser les inégalités, tend à les reproduire.
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