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Les biens culturels Ayitiens et caraïbéens spoliés par l’Occident et la problématique de leur restitution

Les biens culturels Ayitiens et caraïbéens spoliés par l’Occident et la problématique de leur restitution

 Par   Kenny T. & Elmano Endara J.

Résumé

 La quête des Archives et autres biens culturels d’Ayiti et de la Caraïbe spoliés révèle une double violence : d'un côté, les dé-possessions matérielles et immatérielles et de l'autre, les blessures culturelles. Alors qu’une ancienne ministre des affaires étrangères d’Ayiti tentait en 2024 de « récupérer à Londres l’Acte d’Indépendance d’Hayti de 1804 » – version officielle du document fondateur de l’État post-esclavagiste et indépendant, conservé au Royaume-Uni depuis deux siècles –, cette démarche, sans suite, symbolise pourtant un combat existentiel, bien nécessaire ou fondamental. Des milliers d’objets culturels caribéens : manuscrits historiques, artefacts taïnos et notamment ayitiens, sont pris en otage dans les institutions muséifiantes en Occident, du British Museum au Musée quai Branly Jacques Chirac ou du Musée National de Danemark au du The Metropolitan Museum of Art. Pire, ces biens « zombifiés » (déracinés, privés de leur espace culturel d’origine et de leur sens originel) s’accompagnent d’une colonialité persistante du droit culturel, où l’Occident impose son extractivisme comme modèle hégémonique contre le droit à la culture de l’Autre altérisé. Cet article retrace la translocalisation des archives ayitiennes – des « découvertes » de l’Acte d’Indépendance d’Hayti à Londres en 2010 et 2011 par l’historienne Julia Gaffield. Ainsi les enjeux de restitution d’un tel document sont-ils soulevés face à leur instrumentalisation par les ex-puissances coloniales – et interroge les mécanismes de la colonialité du langage présente en Ayiti depuis la fondation de l’État postcolonial. En effet, puisque la problématique de la réparation des crimes coloniaux et la restitution des biens culturels d’origine caraïbéenne inventoriés dans les institutions muséifiantes en Occident est mise sur la table de la discussion, l’intérêt ultime de ce travail réside dans dès lors dans la construction du processus de décolonisation muséale, archivistique et de la décoloni(ali)sation linguistique, seule fin et moyen capable de rétablir une justice épistémique pour les peuples caribéens et notamment ayitien.

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