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« Haïti rançonnée; restitution, réparation en otage »

« Haïti rançonnée; restitution, réparation en otage »

Ailleurs, les nations ont des gouvernants ; en Haïti, nous avons des figurants en uniforme, cobayes d’un laboratoire tropical supervisé par l’ambassade américaine. Pour nos dirigeants, la soumission n’est pas une honte, mais une fierté nationale. L’absence de service n’est pas une anomalie mais l’art suprême de la démocratie bourgeoise dans les sociétés du Sud. L’électricité est un luxe de milliardaire, l’eau potable une légende urbaine, les routes des champs de bataille, la sécurité une fable comme celle des « Gran Djab » racontée aux enfants de nos campagnes reculées avant de dormir. Pendant que le peuple agonise sous la faim, les rafales, les viols, les vols, les assassinats, les kidnappings et les incendies méthodiquement téléguidés par les gangs-milices, nos dirigeants se chamaillent comme des ivrognes au marché, non pour gouverner, mais pour grappiller l’invitation au prochain cocktail d’ambassade.

Dans ce cirque permanent de misère institutionnelle, on nous ressert une bouillie tiède. Un Comité National de Réparation et de Restitution (CNHRR) est installé. Le Moniteur, fidèle perroquet des communiqués officiels, régurgite un arrêté solennel pour sacrer ces vingt et un affidés triés sur le volet. Un véritable embauchage pour la prochaine Zafra, ils deviennent soudain princes d’une loterie de privilèges. Ils se congratulent pour la galerie, sans la moindre idée de ce que signifie contraindre la France à solder sa dette historique envers un peuple. Haïti, dans son lyrisme naïf, croit dégainer une arme de contre-offensive capable d’effacer des siècles de spoliations et d’humiliations.

L’histoire aurait pu être belle… mais nos élites l’ont trahie. Elles ont transformé le cri de liberté en gémissement de domestiques. Elles ont troqué le canon des ancêtres contre le stylo du maître, et marqué à jamais l’histoire d’Haïti dans l’encre de la soumission. Ce simulacre prend vie sous la férule de gouvernants déjà ligotés par leurs dettes morales, financières et politiques envers l’étranger. Trop occupés à se pavaner comme intendants des puissances qui tiennent la nation en laisse. Ils enterrent la justice historique aux oubliettes, tandis que la mémoire de 1825 attend patiente sa revanche, et elle la prendra.

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