Haïti: l’échec manifeste de l’ONU, du BINUH et de la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité face à la déliquescence sécuritaire
En 2024, Haïti a été le théâtre d’une violence d’une intensité sans précédent. Les affrontements liés aux gangs armés et aux groupes d’autodéfense ont causé plus de 5 626 morts, 2 213 blessés et 1 494 enlèvements, accompagnés d’une recrudescence dramatique des massacres, des violences sexuelles et du recrutement forcé d’enfants (BINUH & HCDH, 2025). La tuerie de masse de Pont-Sondé, survenue en octobre 2024 et ayant fait plus de cent victimes, a constitué un tournant décisif dans cette escalade provoquant le déplacement de plus de 100 000 habitants (BINUH, 2025). Entre octobre 2024 et juin 2025, la situation n’a cessé de se dégrader: plus de 1 000 personnes ont été tuées, 620 enlevées et 213 blessées dans plusieurs régions clés telles que l’Artibonite, le Centre, Ganthier et Fonds-Parisien. Sur cette même période, 4 864 assassinats ont été recensés témoignant de l’ampleur inédite de la violence qui ravage le pays (BINUH & HCDH, 2025). Parallèlement, la justice, paralysée, ne fonctionnait que dix jours par an, tandis que la corruption généralisée mine les institutions annihilant toute perspective de rétablissement.
Depuis plusieurs années, Haïti s’enfonce dans cette spirale infernale et les rapports récents du BINUH ainsi que du Haut-Commissariat aux droits de l’homme dressent un constat accablant de l’incapacité des institutions internationales à enrayer cette tragédie (BINUH & HCDH, 2025). À cela s’ajoutent les actes d’exécutions sommaires imputés aux forces de sécurité haïtiennes ainsi que les violations des droits humains perpétrées par les groupes d’autodéfense qui jettent une lumière crue sur la déliquescence de l’État et la complicité tacite de certains de ses agents (Türk, 2025).
Malgré ces chiffres effarants et les alertes répétées du Haut-Commissaire Volker Türk, dénonçant « une histoire d’horreur sans fin » et la nécessité d’une intervention adaptée (Türk, 2025), l’ONU demeure prisonnière d’une impuissance chronique. Le mandat du BINUH, censé constituer un levier de stabilisation, se réduit à un exercice de comptabilité macabre des victimes tandis que le Conseil de sécurité hésite quant à l’opportunité d’un déploiement effectif d’une force de paix robuste (Conseil de sécurité des Nations Unies, 2025). Le renouvellement du mandat du BINUH pour une durée réduite à six mois cette année, au lieu d’une année, illustre cette paralysie institutionnelle et politique (Le Nouvelliste, 2025).
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