En Haïti, la crise politique et la violence des gangs ont un impact dévastateur sur la scolarisation des enfants
En Haïti l’actuelle crise éducative, identifiable à tous les étages de l’édifice scolaire, est la résultante de multiples maux antérieurs liés entre autres à l’exil forcé d’environ 1 400 enseignants et cadres de l’éducation nationale fuyant la dictature de François Duvalier en 1964-1965. Pour la plupart ils se sont retrouvés dans les pays de l’Afrique francophone nouvellement indépendants où ils ont contribué au développement des systèmes éducatifs des nouveaux États (voir Camille Kuyu, « Les Haïtiens au Congo », Éditions L’Harmattan, 2006). De nos jours, la crise éducative impacte très durement les conditions de vie des enseignants du secteur public en butte à d’incessants arriérés de salaire. Il est utile de préciser que ces arriérés de salaires, qui affectent également la scolarisation des élèves, étaient d’un montant de 4 milliards de gourdes en 2016 selon les déclarations du ministre sortant de l’Éducation nationale Nesmy Manigat au nouveau ministre Jean Beauvois Dorsome (voir Le Nouvelliste du 7 avril 2016). Étant donné la croissance négative du PIB (produit intérieur brut) depuis six ans, il est logique et vraisemblable de poser que les arriérés de salaires ont doublé ou triplé chaque année. Le fait que la croissance soit négative chaque année depuis six ans a donc pour effet direct que les arriérés de salaires des enseignants se sont multipliés par deux ou trois, aggravant ainsi la précarité financière dans laquelle se trouvent les enseignants haïtiens.
Les analystes les plus avisés du système éducatif national soutiennent de manière fort pertinente que l’actuelle crise éducative est surtout liée à la démantibulation systémique de l’École haïtienne instituée ces douze dernières années par le cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste. Une telle dislocation de l’École haïtienne est en lien direct avec celle de l’Administration publique profondément assujettie et dévoyée par le PHTK qui en a fait le terrain de prédilection d’une vaste entreprise de népotisme, de corruption et de dilapidation des ressources financières de l’État haïtien.
La « métastase de la corruption » a été modélisée en Haïti au creux de la gangstérisation/criminalisation de l’État haïtien activement mise en œuvre par le PHTK ces douze dernières années. (NOTE - Sur la gangstérisation/criminalisation de l’État haïtien, voir l’étude de Frédéric Thomas « Haïti : la gangstérisation de l’état se poursuit », CETRI, Université de Louvain, 7 juillet 2022 ; sur les auto-proclamés « bandits légaux » du PHTK, voir l’article de Roromme Chantal de l’Université de Moncton, « L’ONU, le PHTK et la criminalité en Haïti », AlterPresse, 25 juillet 2022 ; voir aussi l’article de Laënnec Hurbon, « Pratiques coloniales et banditisme légal en Haïti », Médiapart, 28 juin 2020 ; voir « Haïti dans tous ses états » : halte à la duvaliérisation des esprits ! », par Arnousse Beaulière, AlterPresse, 19 février 2020 ; voir également l’entrevue de Jhon Picard Byron, enseignant-chercheur à l'Université d’État d’Haïti, « Gangs et pouvoir en Haïti, histoire d’une liaison dangereuse », Radio France internationale, 23 septembre 2022. Lire aussi « L’« État de dealers » guerroyant contre contre l’« État de droit » en Haïti », par Robert Berrouët-Oriol, Médiapart, Paris, 18 janvier 2024.)
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