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Parcours au fond d’un pays meurtri, mais vivant et tout à fait singulier !

Parcours au fond d’un pays meurtri, mais vivant et tout à fait singulier !

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Deuxième partie

Les Cayes – Miragoâne – Duverger

Je continue pour ne pas perdre mon fil conducteur.

Par un manque de synchronisation, j’avais réservé le vol de 7h45 de Sunrise et les Baugé celui de midi qui a été reporté pour 13h15. Le plan du groupe était d’abord d’aller faire un tour chez notre ami Jean Lajeunesse à Port-Salut avant de nous rendre à Miragoâne. Le plan avait changé parce qu’il a beaucoup plu les jours précédents et la route Cayes-Port-Salut était devenue presque impraticable. Jean nous a alors conseillé de reporter notre visite à une prochaine occasion. On connaît la situation de la région des Cayes, plus particulièrement la ville elle-même, qui est très souvent inondée. N’étant pas une île, je me demandais d’où vient le nom Cayes qui par définition dans la revue Géographie veut dire « Iles basses, rochers, bancs formés de vase, de corail et de madrépores », une définition qui sied mieux à l’Ile Grosse Caye. On l’a peut-être adoucie en « Zone proche d’une côte, caractérisée par une faible profondeur », afin de nous permettre de situer la ville et région des Cayes.  Petite histoire, la ville des Cayes a été fondée à l'emplacement de Salvatierra de la Zabana (« Terre sauvée des eaux »), un bourg espagnol créé durant le gouvernement de Nicolás de Ovando en 1503.

Je ne pouvais pas rester à attendre mes amis sur la cour de l’aéroport qui n’offre aucun confort. Ayant des amis un peu partout, j’avais fait appel à mon ami-frère Laurent Darbouze qui a dépêché un gentil monsieur du nom de Ronsard Polyte pour venir me chercher à l’aéroport. J’ai profité de sa gentillesse pour passer aux bureaux de Digicel et Natcom pour me préparer, passage obligé, à rentrer dans le lot des victimes de ces deux compagnies monopolisées. Je n’en dis pas plus parce que chaque citoyen haïtien a déjà ingurgité sa potion magique de ces compagnies qui grugent en profondeur les maigres ressources financières des individus ou des familles qui veulent se mettre au diapason de la communication moderne. Ronsard m’a ensuite conduit chez les Darbouze où une chambre m’était réservée pour me reposer en attendant le chauffeur qui devait passer me prendre à 13h pour aller chercher les Baugé à l’aéroport Antoine-Simon. Je dors très rarement durant la journée, mais, courtoisie à l’haïtienne, Ronsard est venu me réveiller pour me dire qu’il avait fait préparer quelque chose pour moi, sachant que j’avais pris l’avion tôt sans le petit déjeuner de l’hôtel. Dans un premier temps, je commençais à dire que ce n’était pas nécessaire « tout en pressant mon orteil droit au sol, Rires! » pour que le monsieur ne change pas d’idée et ne dise pas « eh bien ok » (Rires). En tout cas, point besoin de faire la fine bouche, j’ai dégusté un bon poisson en sauce, de la banane, de l’igname et quelques légumes. Comme pour agacer Laurent, Ronsard m’a chargé de lui dire que j’ai mangé de la banane et des légumes qui viennent de sa cour.

13h tapant, le chauffeur était là et sur recommandations de Ronsard on est parti en vitesse pour l’aéroport afin de passer les grandes artères des Cayes avant la sortie de la première vacation des classes. Car, dit-on, on ne peut pas circuler à ce moment en voiture tant les rues sont bondées d’écoliers à pied, à bicyclette ou sur des taxis-motos.  13h50, on était déjà en route pour Miragoâne. À part les nombreuses crevasses et quelques trous majeurs, on a traversé sans problème les villes de Cavaillon, Saint-Louis du Sud, Aquin, Fonds-des-Negres, Saint-Michel. J’ai toujours pris plaisir à faire la route du Sud, particulièrement la partie Aquin-Cayes qui vous offre un paysage époustouflant si vous aimez la verdure et les grands arbres, les cocotiers en particulier. Cela n’a pas trop changé, il semble que les récentes pluies avaient corrigé ce qui devrait l’être pour faire repousser la verdure, mais la route elle-même est considérablement dégradée, surtout aux environs de Saint-Louis du Sud et Aquin. On dirait que le Ministère des Travaux publics (TPTC) n’existe plus. À partir de la côte entre Saint-Louis du Sud et Zanglais, on peut apercevoir l’île Grosse Caye, un trésor implanté à l’entrée de la baie d’Aquin. Il était trop tard pour rentrer au bas de la ville d’Aquin pour mieux l’observer. J’ai tout de suite eu une pensée spéciale pour l’Association Aquinoise, plus particulièrement pour Gina Jean, Dr. Pochette, & all qui ont travaillé fort pour implanter une école à Grosse Caye, cet autre endroit oublié des autorités du pays. Votre générosité, mesdames et messieurs, fait le bonheur des uns et elle devrait être contagieuse pour servir d’autres.

En traversant Fonds-des-Nègres, il en restait un bout du marché du jour. J’ai ma petite idée en fouillant les livres de l’époque coloniale, mais je me demande toujours pourquoi les marchés se trouvent toujours au bord des routes, mettant en danger les marchandes (oui des femmes en grande majorité). Ces dernières ne voient pas elles-mêmes le danger, malgré que bien souvent un chauffeur maladroit ou un camion en mauvais état fonce sur elles. Aussi, je ne vais pas vous dire que tout peut arriver ou est déjà arrivé dans ce pays singulier parce que l’essence se vend actuellement dans des galons au bord des routes et des rues; n’allez donc pas perdre votre temps dans les stations réservées pour ce commerce.

16h15 on était déjà à la porte de Miragoâne. C’était le moment pour entendre les Baugé commencer à me chanter leur « quant-à-moi ». Ici c’est la maison de notre cousine, ça c’est la clinique de notre cousin, etc…. Comme c’est Rodrigue qui vient le plus souvent, Mèt Bo acquiesçait (l ap fè bass) en répétant avec ses grands yeux : comme ça a changé en six ans. Ces messieurs qui vantaient leur Miragoâne avant même d’arriver dans les mornes de Duverger avaient bien sûr commencé à me chatouiller et j’avais voulu leur répondre « kè m pa sote, Leyogàn pa m nan pi bon », mais je m’étais abstenu pour ne pas offusquer Rodrigue, car je n’avais pas d’autres endroits pour me coucher à Miragoâne. Certain cependant que Mèt Bo, le grand frère, qui m’aime bien n’allait pas laisser Rodrigue me faire descendre du véhicule.

Avant de gravir les mornes de Duverger, nous nous sommes arrêtés chez le Frère Casséus qui nous avait fait préparer un copieux repas que nous apportions avec nous, il faisait déjà nuit. Quelle est gentille, la gouvernante de Frère Casséus, du bon monde ! Je connaissais Frère Casséus de nom. En tant que trésorier de la Fondation QHASUQ (www.qhasuq.org) c’est à lui que j’envoie pendant plusieurs années l’argent de fonctionnement pour l’École Nouvel Horizon de Duverger (ENHD, www.projetduverger.org). Avant de monter à Duverger, j’ai pris plaisir à apprécier les talents artistiques de ce monsieur « plutôt svelte » pour ne pas dire trop sexy (li pa genyen plis ke 1 liv vyann sou li). Frère Casséus a son atelier de fabrication d’ornements pour les églises, de la peinture sur toile, des chefs-d’œuvre métalliques, des portes, des fenêtres en fer forgé, etc…. Un homme simple qui vous explique ses magnifiques œuvres avec une grande modestie.

Nou grangou ! En route pour la montagne avec la pièce maîtresse qui nous a été préparée. Fritznel, notre chauffeur, nous a démontré tout son talent de chauffeur dans les rochers et Rodrigue de s’exciter encore pour une partie de la route qu’il avait contribué à réparer, cette section qui avait mangé une fois le « clutch (l’embrayage) » de mon Isuzu D-Max que je croyais invincible. On avait vraiment faim, mais encore un peu de patience parce qu’il fallait faire quelques nettoyages, dans une maison fermée depuis plus d’un an, avant de pouvoir utiliser le comptoir de la cuisine et la table pour étaler la nourriture. Waouh ! légumes du jardin, lambi à gogo, banane pesée, riz collé avec pois congo, kola champagne, bière prestige. Anmweyyyyyy, anpil manje timoun, tout de ce qu’il nous manquait dans la froidure du Québec.

Après la nourriture, ventre plein, un petit tour sur le toit du « bunker » des Baugé afin de trouver du signal de Digicel ou Natcom pour pouvoir communiquer avec la famille et quelques amis pour leur informer que nous sommes arrivés en bien à Duverger. Rodrigue et moi étions restés là-haut avec notre petit verre de Barbancourt jusqu’à ce que dame pluie vienne nous dire d’aller nous coucher.

 

À SUIVRE (3e partie : DUVERGER-LÉOGÂNE) !

Yves Marthone

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