HORIZON HAÏTI
Des élections, oui ! Mais comment et quand ?
Il faudra toujours le rappeler : la voie électorale est la meilleure (la seule ?) solution pour revenir à l’ordre constitutionnel et démocratique ! Notre contrat républicain en serait assurément respecté. Or qu’observe-t-on ?
Dans les conditions de multicrise actuelle, la réalisation de cet ahurissant chantier – organiser des élections équitables, inclusives et transparentes – donne le vertige. Car il y a un travail colossal à mener, une insécurité cauchemardesque à combattre, des électeurs et candidats à rassurer et aussi un processus électoral à remettre sur pied de toute urgence. Le premier défi institutionnel, c’est que l’appareil ou la machine électorale est aujourd’hui inexistant si l’on tient compte de la couverture territoriale à laquelle elle est assujettie. Il y a, en outre, un questionnement angoissant, comme à l’accoutumée, quant à l’environnement sécuritaire. Les difficultés rencontrées par le CPT-9 à cause des divisions ou tiraillements des secteurs concernés nous poussent à croire que les uns et les autres doivent opter pour la voie du consensus pour ne pas rendre encore plus erratique ou explosif le référendum constitutionnel ainsi que le scrutin pour le retour à l’ordre constitutionnel, si les deux processus arrivent à terme. Sur le fond, au vu de la sinistrose ambiante et des difficultés que confronte le pouvoir intérimaire à gouverner dans ses deux composantes, comme on vient de le voir avec le maladroit et arrogant Premier ministre Garry Conille, l’idée d’un dialogue interhaïtien dédié essentiellement à la question électorale est nécessaire. Les forces politiques et associatives devront se reconnaître dans une sorte de pacte ou entente nationale et la promotion de la paix publique et être prêtes à s’engager collectivement sur la voie du retour à l’ordre constitutionnel et démocratique.
L’émiettement de la classe politique, la question de la mise à jour du registre électoral, la fréquence accélérée des élections et le discrédit des puissances d’argent ne songeant qu’à profiter du chaos en cours pour freiner les groupes ou personnalités les plus incorruptibles montrent bien le ras-le-bol du statu quo. Ce serait inexact si ce n’était si déroutant. Au vu des problèmes de logistique et des modes opératoires, on en est encore loin. De plus, pour arriver, une fois le processus référendaire bouclé, à l’élaboration de la Loi électorale et du Calendrier électoral, il faut effectuer l’état des lieux de façon détaillée, sans oublier les questions qui fâchent. Par exemple, au niveau même du processus référendaire, il y a beaucoup plus de flou que de clarté, car une Constitution contestée n’est pas envisageable. Comme controverses, les responsabilités du CPT-9 de par sa composition, créent, dès le départ, un profond pessimisme au niveau de la classe politique qui juge la formation du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé comme le produit d’un coup de force et non d’un consensus : la Carte d’identité nationale est aussi cruciale que l’impartialité (improbable) qui doit guider les Conseillers électoraux. En gros, le pays est au bord de l’abîme insécuritaire, rongé par les forces maléfiques de la criminalité et de l’instabilité, le défaitisme à tous les niveaux, la crise humanitaire (alimentaire) et les incertitudes. (On ne sait si la formule de transition actuelle va pouvoir y remédier, mais c’est aléatoire).
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