Groupe de travail de l'UEH sur la restitution de la « dette de l’indépendance » et des rançons versées aux XIXe et XXe siècles
1. Contexte et justificatif
Après plus de 220 ans d’indépendance d’Haïti, la nation haïtienne n’a jamais pu se développer convenablement comme les autres nations et patauge encore dans un niveau de pauvreté inacceptable. À côté de la mal gouvernance qui a trop souvent prévalu au XIXe siècle et du peu d’efforts entrepris par les gouvernements successifs pour relancer sur de nouvelles bases l’économie haïtienne, les effets de ce qu’il y a lieu d’appeler la double dette de l’indépendance ont incontestablement contribué à l’appauvrissement de la nation. Le remboursement de cette double dette a privé le pays, et cela pendant longtemps, d’une bonne partie de ses revenus d’exportation tout en l’obligeant à établir au profit de l’ancienne puissance coloniale des préférences commerciales extraordinaires. Par ailleurs, le règlement de différentes affaires avec des puissances internationales (Affaire Luders, Affaire Rubalcava, Affaire du capitaine Batsch, Affaires Mews, …) a imposé unilatéralement à l’État haïtien le versement d’importantes sommes tirées du Trésor Public.
En Haïti, cette dette et son remboursement ont à plusieurs reprises heurté la conscience nationale. À l’occasion du soulèvement d’Acaau (1844-1846), les paysans révoltés se sont indignés du poids de cette « dette monstrueuse ». En général, l’État haïtien a eu du mal à faire accepter à la population ce lourd fardeau. Se sont multipliées les rebellions de militaires et les manifestations de rues, nous a dit Gusti-Klara Gaillard. Cette mobilisation a été souvent réprimée en Haïti même avec une extrême rigueur, Cette historienne est sans doute la spécialiste mondiale de la problématique de la double dette de l’Indépendance. Dans une interview accordée en 1990 à Radio Haïti Inter, elle a même attiré l’attention sur l’exceptionnelle et exclusive contribution de la paysannerie haïtienne au remboursement de cette fameuse dette grâce à la production caféière, principale denrée d’exportation. Dans ce contexte, elle avait même parlé d’une culture caféière « pillée ». Elle nous a appris aussi qu’en 1915, Davilmar Théodore s’était opposé au paiement de cette dette.
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