Le jeu de dupes comme stratégie politique en Haïti1
Les derniers évènements en rapport à la situation de prise de décision pour l’organisation des affaires politiques du pays, pour le bien-être collectif, servent de prétexte à la rédaction de cet article. Nous avons pris position pour l’utilisation de jeu de dupes décrivant le comportement des acteurs politiques en Haïti comme mise en scène qui traduit une position voilée à travers laquelle se cachent des intérêts qui ne sont pas clairement révélés, ce que nous appelons couramment : « mètdam ». Être « mètdam » en Haïti, c’est la position d’une personne qui ne laisse pas paraître clairement son dessein, quelqu’un qui est prêt à mettre en pratique la technique des coups bas pour atteindre l’objet visé, mettant hors-jeu l’adversaire pour profiter de la scène en vue de satisfaire des désirs claniques et/ou personnels, donc des désirs égoïstes. C’est une personne qui fait de la politique. Dans ce cas politique ne se voit pas comme domaine particulier de la vie sociale (Alpe et all., 2013). De préférence, c’est une stratégie visant à maintenir par tous les coups les positions pouvant permettre la réalisation des desseins groupaux et/ou individuels au détriment des intérêts collectifs. N’étant pas nouvelle sur la scène politique du pays, la mobilisation de l’histoire nous permettra, d’abord, de déterminer des invariants de ces stratégies dans le comportement des politiques en quête du pouvoir d’État, lesquelles leur permettant de frayer des places importantes en faveur de leur clan/groupe. Ensuite, les données socio-anthropologiques propres à la société haïtienne nous permettront de montrer que cette position adoptée comme culture politique en Haïti utilisée par des nombreux acteurs. En fin, nous tenterons de voir comment des décisions prises dans le passé peuvent servir pour sortir de ce jeu macabre.
Les premières manifestations du jeu des coups bas dans la politique en Haïti2 de l’indépendance jusqu’à la fin du 19e siècle
tout de suite après l’indépendance du pays consécutif à l’entente trouvée par les généraux haïtiens combattant l’armée expéditionnaire de Napoléon Bonaparte, le jeu macabre du coup bas va faire son entrée dans l’arène politique haïtienne avec l’assassinat de l’Empereur Jean Jacques Dessalines le 17 octobre 1806, soit deux ans après la création du premier État nègre indépendant du monde ( l’État haïtien). Le comportement perfide à la base de cet acte va être reproduit à travers l’histoire du pays, ce qui peut même être qualifié d’invariant dans l’histoire politique de cette République. Après la perpétration de ce crime, les principaux protagonistes ne sont pas parvenus à s’entendre sur les modalités leur permettant d’assurer la succession du pouvoir politique de façon à organiser la société pour le bien-être collectif. Les subterfuges utilisés vont être débouchés sur la scission du pays en deux : le Royaume du Nord avec à sa tête Henry Christophe et la République de l’Ouest, y compris le Sud, ayant à sa tête Alexandre Pétion. Cela allait durer jusqu’en 1820. Nous pouvons dire que cet évènement marque l’inauguration du jeu de dupes, de la perfidie comme stratégie politique en Haïti où les impostures, les trahisons envers la nation vont être posées comme forme traditionnelle, comme manœuvre politique dans la lutte pour la prise du pouvoir d’État et son maintien. Des stratégies qui ne tiennent pas compte du bien-être collectif.
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