Gérard Gourgues: un bel échantillon d’Haïtien !
Écouter l'article
Professeur à la Faculté de droit et des sciences économiques sous la dictature, Gérard Gourgues s’est fait une réputation de grand académicien, mais aussi de grand critique du gouvernement d’alors, celui de Duvalier père qui ne tolérait pas une once de contestation. Dans ses cours, Me Gourgues aimait citer l’ouvrage de référence de Cesare Lombroso sur « L’homme criminel », et cela lui permettait des clins d’œil malicieux et un tantinet subversifs sur certains bourreaux du régime. L’étude des caractères psycho-pathologiques ou socio-pathologiques de ces criminels offrait au bouillant professeur l’occasion de faire le procès d’un système qui érigeait le crime d’État en horizon indépassable. Les espions qui rapportaient au Palais, le discours iconoclaste de Gérard Gourgues, étaient éconduits par le dictateur, rapporte-t-on. Il leur disait « Pa okipe ti Gougues, li fou ».
Professeur à la Faculté de droit et des sciences économiques sous la dictature, Gérard Gourgues s’est fait une réputation de grand académicien, mais aussi de grand critique du gouvernement d’alors, celui de Duvalier père qui ne tolérait pas une once de contestation. Dans ses cours, Me Gourgues aimait citer l’ouvrage de référence de Cesare Lombroso sur « L’homme criminel », et cela lui permettait des clins d’œil malicieux et un tantinet subversifs sur certains bourreaux du régime.
L’étude des caractères psycho-pathologiques ou socio-pathologiques de ces criminels offrait au bouillant professeur l’occasion de faire le procès d’un système qui érigeait le crime d’État en horizon indépassable. Les espions qui rapportaient au Palais, le discours iconoclaste de Gérard Gourgues, étaient éconduits par le dictateur, rapporte-t-on. Il leur disait « Pa okipe ti Gougues, li fou ».
Pourtant la folie de ce sémillant professeur fut sa grande passion pour les droits humains. Une passion qui l’habitait jusqu’à la fin de sa vie. Sous Duvalier fils, il fonda avec Me Joseph Maxie et Mme Irma Rateau, la Ligue haïtienne des droits humains. Cette organisation marqua les années d’or de la lutte pour les libertés en Haïti à la fin des années 70.
L’arrivée au pouvoir de l’administration du président Jimmy Carter à Washington inaugura l’ère d’une certaine libéralisation dans le pays, Des ondes de « Radio Haïti Inter » aux colonnes du « Petit Samedi Soir » on pouvait capter et sentir le souffle vivifiant de la liberté.
Chaque communiqué de la Ligue des droits humains était scrupuleusement analysé sur les bancs des écoles et des universités. Il s’agissait en fait d’une « littérature » nouvelle, peu amène pour un environnement où le mot même de politique était suspect. La phrase salvatrice « je ne fais pas de politique », répétée à la cantonade par plus d’un, était, en fait, destinée à exorciser les diables qui rodaient toujours au détour de n’importe quelle conversation mondaine.
Et voilà que les prises de position des leaders de la Ligue osaient franchir le « mur du son » dans un pays où, comme disait le poète Anthony Phelps, il était venu depuis venu le temps de se parler par signes.
L’atmosphère internationale s’y prêtait. En ce temps-là, l’idéologie des droits de l’homme semblait conférer à l’Amérique une nouvelle vocation. Le sénateur américain Hubert Humphrey dira non sans fierté : « C’est l’histoire de la vie même de l’Amérique ; c’est notre âme ». Le Congrès des États-Unis cherchait à dissiper certains nuages noirs que l’administration Nixon-Kissinger avait amoncelés dans le ciel plutôt lourd de la diplomatie américaine.
Quelques hommes politiques tels Sylvio Claude et Grégoire Eugène, des journalistes comme Dieudonné Fardin, Jean Dominique, Marcus Garcia, Jean Robert Hérard, Pierre Clitandre, Carl Henri Guiteau, Georges Michel et les membres fondateurs de la Ligue ont saisi la balle au rebond en s’engageant sur la voie d’une libéralisation de la parole encore timide, mais combien excitante.
Le vendredi 9 novembre 1979, une conférence de Me Gourgues chez les pères Salésiens a été brutalement dispersée. Nous sommes sortis quelques minutes avant l’attaque, intrigués par la mine patibulaire d’individus baraqués qui juraient avec une assistance venue assister à une causerie sur les droits humains. Le Petit Samedi Soir de la semaine suivante titra « Vendredi noir chez les pères Salésiens ».
Il en faut plus pour décourager Me Gérard Gourgues qui poursuivit seul ou en équipe sa juste croisade pour les droits de la personne.
À la chute de la dictature, il devint membre du Conseil national de gouvernement (CNG).Déçu de l’attitude des militaires, il quitta le gouvernement moins de deux mois après. Il devait plus tard en 1987 incarner le renouveau démocratique haïtien, lors de populaires élections noyées dans le sang.
Cette élection ratée fut un coup dur porté à la démocratie haïtienne encore dans les limbes. Depuis toutes les dérives étaient devenues possibles. Arnold Antonin, son chef de campagne lors de ces fameuses élections garda de l’homme le souvenir d’un grand tribun à l’ancienne, mais doué d’une grande simplicité et d’un abord facile. À plus de 90 ans, il avait pour son épouse cette ostensible tendresse quasi chevaleresque.
Gérard Gourgues fut donc un être de conviction et de courage, mais surtout un honnête homme, un de nos derniers « Mohicans ».
Roody Edmé
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.