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Vox populi vox dei…

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Le jeudi 15 avril, le pays s’est arrêté comme un seul homme. L’appel des évêques à fermer les écoles catholiques a eu un effet domino sur l’ensemble du corps social. La vérité c’est que les gens sont fatigués de tant d’impunité. Ils souffrent dans leur chair de ces massacres dans l’indifférence d’un appareil d’État qui n’est plus que l’ ombre de lui-même.

Le jeudi 15 avril, le pays s’est arrêté comme un seul homme. L’appel des évêques à fermer les écoles catholiques a eu un effet domino sur l’ensemble du corps social. La vérité c’est que les gens sont fatigués de tant d’impunité. Ils souffrent dans leur chair de ces massacres dans l’indifférence d’un appareil d’État qui n’est plus que l’ ombre de lui-même.

Silence on tue! Tel semble être le message de ces hordes sauvages qui se déchainent sur une population apeurée. Les massacres en série, les viols de femmes et/ou de fillettes, comme butins de chair, pour ces nouveaux « conquistadors » de l’espace haïtien, et le commerce honteux du kidnapping sont aujourd’hui le lot d’un quotidien insoutenable.

Des quartiers fantômes abandonnés sous la pression de gangs armés, à des personnes de la diaspora visitant désormais leurs familles à Saint-Domingue ou pire encore, de fonctionnaires travaillant au pays et cherchant résidence dans une ville de l’autre côté de la frontière, ce sont donc là, les nouvelles réalités scabreuses, qui se déroulent sous nos yeux. On comprend maintenant pourquoi des secteurs religieux et économiques, qui jusqu’ici ont usé de la langue de bois, ont décidé de dire que ce n’était plus possible de laisser de tels loups déchainés dans la bergerie.

Toute cette situation est le résultat de la décomposition assistée d’un modèle étatique peu viable. Une décomposition qui se déroule sous les yeux de la communauté internationale qui semble ne se soucier que du rituel démocratique. Une sorte de chorégraphie macabre où se mêlent bulletins de vote et corps ensanglantés. Au nom du principe « action make events », ils encouragent le pouvoir haïtien à poursuivre son agenda électoral -, ce dans le but d’entrainer certains « requins » de la politique à suivre le courant.

Les Haïtiens n’ont rien contre les élections qui permettront de « renouveler » le personnel politique ; ils ne veulent pas tout simplement d’un processus au rabais, d’une « fake démocratie » qui ne serait que chronique de calamités annoncées.

Des questions urgentes occupent leur quotidien: la ruine de l’économie nationale, la paralysie d’un système judiciaire agonisant depuis des lustres ; les manœuvres fourbes de politiciens aux ordres ; la vétusté d’un système politique axé sur le clientélisme et la dialectique des armes ; le règne crapuleux des mandarins de la contrebande, la destruction des petites et moyennes entreprises par les activités de nuisances quotidiennes du crime organisé.

Le fait de voir s’étaler dans nos rues les lambeaux d’un ordre civil, ravagé par l’insécurité chronique, éloigne des esprits les sirènes électorales et la « terre promise » d’une autre république par la magie d’une nouvelle constitution.

L’opération ville morte du jeudi 15 avril redonne aux églises un certain leadership moral dans la lutte pour le respect de la vie humaine. Il n’a pas eu besoin de menaces, ni d’huile sur la chaussée pour que les citoyens volontairement décident de rester chez eux. À midi, en quelques lieux de la capitale, les cloches des églises et les avertisseurs de voitures ont fait écho dans un concert de contestation contre l’ensauvagement de notre pays.

Il est important que des leaders de la société civile et politique se concertent pour trouver un accord politique capable de défaire le nœud gordien qui étouffe une population aux abois. Il s’agit de remembrer une société civile pulvérisée par la méfiance, pour qu’enfin elle puisse constituer les fondements d’un État au service de l’ensemble du peuple haïtien. Les dirigeants actuels se doivent de tout faire pour arrêter tout processus qui sans concertation ne peut que nous précipiter dans un gouffre où l’on devine à peine le fond.

Roody Edmé

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