Aveugles et sourds
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Le huis clos continue, prend sa vitesse de croisière. Les acteurs n’ont aucune conscience que, de plus en plus, les murs protégeant et cachant le vrai jeu des comédiens s’effritent pour livrer peu à peu au regard l’indifférence des uns et des autres pour la réalité concrète d’une population aux abois avec les crises qui ne font que s’aggraver que ce soit au niveau économique, sanitaire, sécuritaire, ou environnemental. Les choses ont leur loi. La nature, dit-on, a horreur du vide. Les sociétés qui fonctionnent sans gouvernance réelle, sans qu’on tente de les modeler, de les sculpter à l’aune de valeurs préétablies dans le sens d’une amélioration permanente de la vie des citoyens, ne peuvent que sombrer dans le chaos jusqu’à disparaitre ou tomber sous la coupe d’autres sociétés elles-mêmes ordonnées, organisées.
Dans la presse en général, dans les salons, ne se discute que la partie glauque où tous les coups sont permis entre ces politiciens que la nation considère maintenant avec horreur. On continue à brandir tous les arguments prétendus légaux, on a recours tous les arguties possibles, dans un lieu tellement dévoré par la précarité qu’on n’accorde plus d’importance à la loi. Les passions sont à leur comble. Entre-temps, le quotidien continue sa course, broyant les citoyens avec son cortège de problèmes. Violence des gangs, misère, chômage, dénuement, maladie, ignorance, insécurité, déboisement. Nos dirigeants ne semblent préoccuper que de leur propre survie en particulier économique. La corruption est à son comble, car même quand sont dénoncés avec véhémence des pairs plongés jusqu’au cou dans la délinquance, aucune réaction complète n’est observée. Les institutions chargées de réprimer l’illégalité n’interviennent que timidement comme si servir mettrait à mal les ambitions présentes et futures d’une nuée de citoyens bien décidés à venir faire leur toupam. On planifie, on discute politique, pour marchander, pour planifier des stratégies de contrôle de l’espace politique. Mais évidemment presque pas de réunions, de rencontres pour discuter de l’essentiel c’est-à-dire des problèmes auxquels la nation est confrontée.
Dans de nombreux pays, les analystes s’accordent à dire que les élites politiques s’écartent, se détachent de plus en plus des dynamiques réelles des sociétés. Ce sont souvent des sociétés déjà évoluées qui disposent de garde-fous, de société civile forte ce qui leur permet, du moins pour un temps, de supporter la déchéance intellectuelle et morale de leurs classes politiques. Mais Haïti, notre pays, peut-elle supporter l’autisme de ces nuées de dits politiques qui ne se préoccupent au fond que de se garantir des positions devant leur donner accès à des privilèges dans un pays à bout de souffle qui ne tient debout que grâce à l’héroïsme de ses populations de l’intérieur et de l’extérieur ?
Comprendrons-nous à temps nous que devons à tout prix déployer nos efforts pour faire échec au complot et penser un avenir qui nous remettra à niveau avec les autres nations du continent ?
Gary Victor
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