Nourrir le rêve
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La mort subite de Liliane Pierre Paul le lundi 31 août nous a tous bouleversés. On ne s’y attendait pas. Elle a succombé à une crise cardiaque tout juste avant son journal habituel si écouté à 4h sur Radio Kiskeya.
Liliane Pierre Paul a mené un combat pendant plusieurs décennies pour une Haïti plus juste, plus égalitaire, plus respectueuse des lois. Elle est partie sans avoir vu et vécu ce changement pour lequel elle a tout donné.
Beaucoup de nous partiront vers l’au-delà sans avoir connu cette autre Haïti. La génération des plus de 40 ans n’a assisté qu’à une dégradation continue de notre environnement humain et physique. Ceux pour qui la capitale ne se réduit pas seulement à quelques quartiers dans les hauteurs sont au courant du spectacle apocalyptique du bas de la ville. Le Bois de Chêne est à hauteur des rues avec lesquelles il se confond pratiquement. Les transports publics qui se rendent dans les départements du Grand-Sud doivent traverser une boue d’ordures et de plastiques. La sortie sud de Port-au-Prince témoigne de l’indifférence totale du gouvernement pour la situation sécuritaire et environnementale du pays.
Si beaucoup se demandent s’ils ne sont pas plongés dans un cauchemar, en plein dans un mauvais film de science-fiction,énormément de jeunes, et c’est ce qui est hallucinant, s’habituent à cet état de délabrement du pays qui va forcément de pair avec une corruption tous azimuts. Certes la corruption existait toujours, mais elle avait quelque peu mauvaise conscience. Le filou, le voyou se dissimulaient un peu. Aujourd’hui, le bandit est devenu légal. Les jeunes veulent de l’argent, beaucoup d’argent vite et maintenant pour en jeter plein la vue avec les joujoux de luxe de la société de consommation occidentale comme le téléphone dernier cri même si notre réseau internet est déficient et que les monopoles engraissant les gouvernements empêchent toute saine concurrence.
Liliane est partie sans avoir vu une Haïti régénérée. Nos dégénérés et ils sont nombreux, se battent pour que ce chaos perdure, car le désordre permet la ripaille, la satisfaction désordonnée des sens dans un lieu de plus en plus pourri par ces nouvelles philosophies perverses qui annoncent certainement le déclin de l’Occident.
Cette jeunesse livrée à elle-même devient la proie de ces prédateurs pour qui la lèpre de l’insécurité est une aubaine. Ce sera le plus grand combat à mener dans les mois qui viennent. Réveiller une grande partie de cette jeunesse qu’on a zombifiée avec des activités ti-sourit-rabòday et qui arrive à considérer les chefs de gangs comme de nouveaux héros, même des exemples à suivre. Si les hommes s’engouffrent dans cette avenue pavée par la corruption, n’en parlons pas des femmes. Et comme le dit un vieil adage, si on veut savoir ce que vaut une société, questionnez la vertu de ses femmes.
Mais il restera toujours, comme Liliane Pierre Paul l’a démontré, des femmes et des hommes qui n’abandonneront jamais le combat. Les ténèbres sont puissantes. La malfaisance une pieuvre dont les tentacules ont prise partout. Des carrés résistent en rangs serrés au sein de notre jeunesse. Notre culture est un refuge sûr et c’est pour cela qu’il faut la préserver à tout prix. Nourrir le rêve devient plus que jamais une obligation.
Gary Victor
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