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Éditorial

Etre premier par procuration et imposture

Etre premier par procuration et imposture

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On est prompt chez nous à clamer sa fierté quand quelqu’un d’origine haïtienne ou de nationalité  haïtienne brille dans les hautes sphères à l’étranger. On se souvient par exemple de l’enthousiasme déclenché dans nos communautés par le parcours de la joueuse de tennis  japonaise d’origine haïtienne Naomie Osaka.

 

C’est une bonne chose ces réussites qui nous rappellent ces potentiels chez nous inexploités. Souvent, ces réussites n’ont rien à voir au niveau national, car l’État haïtien, nos gouvernements, le secteur privé en général, ne se sentent nullement concernés par les talents qui pullulent pourtant chez nous. Dans de nombreux domaines, surtout en culture et en sport, notre pays pourrait briller de mille feux. Nous avons plusieurs fois soulevé ce problème dans nos éditoriaux. Il y a de l’argent pour autre chose dans notre budget national comme pour encourager des activités qui abêtissent notre jeunesse, de l’argent même pour amadouer temporairement les gangs au lieu de les combattre. Dès qu’il s’agit d’activités bénéfiques pour notre jeunesse et pour le pays, la réponse «  Il n’y a pas d’argent » n’est jamais trop loin. Des sommes faramineuses ont été détournées, gifles constantes à la nation, enrichissement des nations étrangères où on va acheter des demeures pour des millions de dollars pour épouses et maîtresses.

 

Si on pointe du doigt cet État malfaiteur, il ne faut pas oublier le simple citoyen qui lui aussi, au fond, méprise l’effort et ne fera rien en individuel ou en collectif pour aider  ceux qui gardent la flamme de l’excellence dans de nombreux domaines. On veut être premier par procuration en soutenant des équipes étrangères, Messi ou Ronaldo, mais en oubliant que pour devenir champion, pour être parmi les premiers il faut travailler, beaucoup travailler. Il faut investir du temps, de l’effort et de l’argent.

 

L’équipe féminine haïtienne  de football est un bel exemple du potentiel de notre jeunesse. Ces jeunes filles sont allées loin malgré un encadrement déficient, le mépris du secteur privé, l’État absent et les nombreux scandales qui ont jalonné l’histoire de la Fédération haïtienne de Football. Beaucoup de ces jeunes évoluent à l’étranger parce qu’un championnat national chez nous ne semble pas possible pour le moment à la fois pour des raisons sécuritaires et économiques.

 

Les exemples malsains pullulent dans notre société. On accuse de hautes autorités d’être aux amours avec des chefs de gangs sans qu’aucune instance bénéficiant d’un statut de moralité ne réagisse. On se noie dans une culture satanique où le travail, le savoir, la compétence n’ont plus leur raison d’être. Plus de cent mille jeunes vont aux examens du bac, exercice qui peut ressembler à une grande comédie dans un pays où la question de l’emploi pour les jeunes est le cadet des soucis de nos dits dirigeants et du secteur privé. Alors dans ces ténèbres on peut bien rêver à des réussites factices, car nous n’avons  rien à y voir. Pire, il y a des autres premiers dans ce pays qui s’abime. Politiciens, hauts fonctionnaires, chefs de gangs ! Main dans la main ! Des exemples malodorants !

 

Premiers par procuration et imposture !

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