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Éditorial

L’enfer qu’on se fabrique

L’enfer qu’on se fabrique

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Nous nous fabriquons souvent notre propre enfer, et on ne devrait pas s’étonner qu’au plus haut niveau de l’État on ne pense jamais à améliorer le quotidien des citoyens, à leur rendre la vie plus facile même quand ils se déplacent pour venir apporter du jus à la machine étatique. Tout semble penser, organiser ici pour créer de la rareté, de la difficulté, dans une sorte de macabre comédie dont la finalité est toujours de profiter de la détresse des autres pour engranger.

 

Dans tous les détails, nous fabriquons l’enfer. La circulation à Port-au-Prince en est un exemple. Si la police est souvent absente, sauf pour des contrôles assez absurdes toujours à des points prévisibles ou aucun malfrat ne se fera prendre à moins de souffrir de déficience mentale, les citoyens pourraient se comporter de manière à se rendre la vie plus facile sur la route. Eh bien non ! On voit par exemple un embouteillage créé parce qu’un hurluberlu a garé sa voiture tout juste à un carrefour. Un chauffeur peut se permettre d’arrêter son véhicule presque au milieu de la voie publique pour un déchargement et si un autre conducteur  ose protester, il lui lance, l’air presque offusqué : Okipe zafè w non ! Si on tombe en panne, on ne fera aucune diligence pour essayer de dégager un peu la route comme si dans cette étrange mentalité d’égalité dans la misère et la médiocrité, les autres étaient tenus de partager  son malheur.

 Contrôle de police inutile aux heures de pointe quand les citoyens doivent rentrer chez eux après une dure journée de labeur. Route qu’on décide de rafistoler à des moments franchement indésirables. Ramassage d’ordure à des heures impossibles… Le calvaire pour se faire le moindre document officiel… Bref on ne compte par les exemples où on nous fabrique notre enfer. Et comme nous l’acceptons, nous participons à son accomplissement.

Nous fabriquons l’enfer en détruisant l’autre, en refusant de nous unir pour faire face à l’inacceptable. Chacun reste dans son petit coin à défendre des positions illusoires pour des pécules qui s’amenuisent jour après jour. Nous nous gorgeons de mythes, prêts  à tomber dans le panneau de  n’importe quelle débile manipulation depuis qu’elle surfe sur nos absurdes rêves.

 Cet enfer a même ses théoriciens qui sous couvert de spécificités culturelles sont prêts à justifier les comportements les plus absurdes, oubliant pour des raisons qu’eux seuls connaissent qu’une société doit toujours se questionner dans le but de se débarrasser des tares qui peuvent nuire à un fonctionnement efficient de la communauté et donc la mettre en situation difficile dans l’inévitable compétition que se livrent les nations à tous les niveaux.

Les anomalies, il y en a tellement dans ce pays, qu’il faudrait écrire un livre blanc des anormalités et inscrire celles-ci dans un programme politique pour que notre pays sorte de ce temps médiéval où le citoyen est encore à naître. La résilience dont beaucoup parlent n’est malheureusement qu’une adaptation suicidaire à l’anormalité. « Une manière pour que  la botte sur la nuque soit sentie comme une tendre caresse. »

Pour combattre les feux de l’enfer, il faut tout d’abord qu’on se rende compte qu’on est en enfer, qu’on fabrique cet enfer.

On en est encore loin.

 

Gary Victor

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YC

Je me permets de signaler un contre sens majeur sur le mot de résilience, qui est haï en Haïti. C'est compréhensible quand on le confond avec l'acceptation. Je me permets de rappeler que la résilience n'est pas une acceptation quasi infantile. La résilience est d'abord une résistance (aux chocs, en physique des matériaux, par exemple), et sur un plan figuré, la force morale qui rend capable de ne pas demeurer dans l'hébétude et l'abattement. Il faut utiliser ce mot à bon escient et pas à n'importe quel prix. Au regard de la situation actuelle, la société haïtienne ne paraît pas le moins du tout résiliente.

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