Myrtho Célestin, l’artiste se dévoile enfin !
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Présente sur la scène artistique depuis des décennies, elle est pourtant encore assez méconnue. Repérée à ses discrets débuts comme collectionneuse, puis promotrice d’art et enfin distinguée comme artiste, une vraie boîte à surprises !
Elle a à son actif plus d’une centaine d’œuvres. Dessins, peintures, sculptures en métal agrémentées de pierres semi-précieuses (coraux, turquoises, perles) et d’autres garnitures comme des boutons ou d’anciens bijoux fantaisie. Elle utilise toutes sortes de matériaux et d’outils de travail, classiques comme improbables. Il n’est pas d’objet banal – serviette en papier, plume, tissu… – à partir duquel elle ne serait pas capable de créer une œuvre exquise.
Qui est Myrtho Célestin ? Élevée dans un environnement d’artistes sans l’être (encore) elle-même – ou plutôt en l’étant sans le savoir –, Myrtho avait ses modèles. Des maîtres qu’elle vénère toujours. Dans le domaine de la musique d’abord. Son enfance passée dans le voisinage de Ferrère Laguerre, grand pianiste haïtien des années 1960, fondateur avec Gérard Hypppolite, Oswald Douyon et plusieurs autres de Chœur Simidor, une chorale sise ruelle St-Cyr (Port-au-Prince), l’a incitée à apprendre le piano. Cette expérience fondatrice a été pour elle « une aventure ô combien fascinante ». Et elle n’a pas oublié le regretté Solon Verret, son premier professeur de piano à Lalue (Port-au-Prince). D’où l’environnement musical dont elle aime s’entourer en travaillant.
Elle n’a pas non plus manqué de modèles en peinture, singulièrement l’inoubliable TiGa. « À cette époque, nous confie Myrtho Célestin, vers 1964-1966, à Lalue, Jean-Claude Garoute, dit TiGa (1935-2006), ouvrait les portes de sa galerie qui abritait un tout nouveau mouvement artistique de l’art haïtien : L’École Saint Soleil. TiGa travaillait à amener l’individu à prendre confiance en lui-même et à découvrir ses possibilités ; car il croit qu’en chaque être sommeille une force incomparable de créativité et que cette créativité, il faut l’amener à s’exprimer ».
D’autres maîtres l’ont influencée, par exemple Gesner Armand, Patrick Vilaire, Bernard Séjourné, Jean René Jérôme, Luce Turnier, Rose-Marie Desruisseau, Levoy Exil et tant d’autres. « Je rends ici un hommage tout spécial à Simil, le plus grand des tout grands ». Elle se souvient aussi de Michel Philippe Lerebours, ancien directeur du musée d’Art du collège Saint-Pierre à Port-au-Prince, la première institution de ce genre en Haïti, le Musée du panthéon national d’Haïti (MUPANAH) n’ayant été érigé qu’après. Sa nomination à la tête de ce musée fut très applaudie, particulièrement par les artistes émergents qui voyaient en lui « une référence, un support et un accompagnement de qualité », pour la promotion de leurs œuvres.
Le déclencheur
L’École Saint-Soleil a été le déclencheur de sa passion pour l’art pictural haïtien et pour l’art tout court. Cette école représentait à l’époque, se souvient-elle, un genre particulier, très nouveau dans le paysage de l’art haïtien. Ce qui rendait ce style pictural si spécial et si attirant, c’est surtout le fait que ces peintures étaient pleines de lumière. « Une peinture, selon Malraux, dont on ignore et les origines et la destination, mais qui témoigne d’un indiscutable sens de l’harmonie, sans parenté avec la peinture populaire existante », ajoute-t-elle.
Vers la fin des années 1970 et début 1980, Myrtho a commencé à collectionner des œuvres d’art, s’efforçant systématiquement de rencontrer les artistes. Aubelin Jolicoeur, collectionneur lui-même, l’encourageait à cultiver la voie qui l’aura menée à devenir elle-même promotrice d’art. Elle a ainsi soutenu le travail de la jeune Françoise Jean et ses charmantes scènes d’enfants, sujet aussi amusant que sensible et captivant. Leur collaboration ne lui a laissé que des bons souvenirs.
Ses séjours à l’étranger en qualité de diplomate ne l’ont nullement détournée de suivre les activités culturelles de son pays.
Constatant son goût aussi prononcé que précoce pour l’art, ses parents lui ont demandé un beau jour pourquoi elle ne prendrait pas le taureau par les cornes en devenant artiste elle-même. Sur le coup, elle se souvient avoir éclaté de rire, pensant qu’elle n’en avait pas la fibre. En l’absence d’une réponse claire de sa part, ses parents « imposèrent » à Myrtho une formation en céramique. Les cours n’ont pas duré un an car « l’élève n’était pas du tout appliquée », nous dira-t-elle avec humour.
Au début des années 2010, elle est « passée à l’acte », selon son expression. Lors d’une des missions diplomatiques au Panama, elle a déployé une activité créatrice inversement proportionnelle à l’exiguïté de son atelier, et n’a plus lâché le pinceau. « Au cours de ma carrière diplomatique, je n’avais jamais divorcé d’avec l’art a, tient-elle préciser. La preuve, j’étais responsable de la promotion culturelle et artistique à l’Ambassade de la République d’Haïti au Panama. Mais je m’y suis adonnée de façon professionnelle depuis 2017 ».
Beaux résultats
Aujourd’hui, sa production impressionne, en qualité comme en quantité. Son art s’affirme, ses œuvres gagnent en beauté. Elles plaisent à l’œil et dispensent un langage, une voie, une singularité. « Je dois avouer que l’un des héritiers du mouvement Saint-Soleil, le grand Levoy Exil, me guide », reconnaît-t-elle, modeste. Celui qu’elle appelle « le grand maître » lui transmet les valeurs et les critères de l’École Saint-Soleil. Levoy Exil voit en elle « une âme qui ne demande qu’à s’exprimer à travers des pinceaux ».
En ce qui concerne ses sculptures, Myrtho indique que son travail se fonde sur les techniques enseignée par Lionel Saint-Eloi son professeur du Centre d’art de Port-au-Prince, spécialiste de cette discipline.
« Malgré toutes ces références, il y a ma touche personnelle qui confère une identité et une authenticité liées à mes choix artistiques et teintées de ma personnalité. Et tous mes souvenirs de voyage qui comptent aussi énormément y sont là vivants et vivaces ». En effet, ses ébauches, qu’elle s’abstient humblement d’appeler œuvres d’art — dénomination réservée, d’après elle, aux seules créations des grands maîtres —, émergent d’un esprit « libre-penseur, ou libre-créateur ». Elle tient à préserver et développer son originalité grâce à sa maîtrise technique et une sensibilité personnelle que l’on qualifierait volontiers d’inspirée.
Le catalogue des « études », dessins, peintures et sculptures s’agrandit. Les dernières créations en date ont été réalisées pendant le confinement, période pour elle des plus fertiles. Cette série de tableaux s’intitule tout bonnement Covid-19. Une vingtaine de pièces toutes plus envoûtantes les unes que les autres. Des « études » dit-elle doucement, qui font la part belle à la couleur, dans un style très Saint-Soleil. Pour autant, la bonne élève qui a bien assimilé la leçon des maîtres ne se montre jamais imitatrice servile de ses modèles !
Évoquant les drames qui secouent actuellement son pays, Myrtho Célestin est persuadée, comme l’était TiGa, que dans une société aussi morcelée que la nôtre, l’art est le chemin le plus sûr vers la compréhension et la solidarité. L’art ne divise pas, ne tue pas mais réunit, semble prôner l’artiste qui n’aime pas trop se mêler de politique.
Quand on l’interroge sur son positionnement face au monde, elle répond par ce vers de Jacques Prévert, l’un de ses poètes préférés, extrait du recueil Paroles. « Je suis comme je suis, où la légèreté du ton incarne sa soif de Liberté .
Des poèmes de Prévert, elle en connaît plusieurs par cœur qu’elle dit sans se faire prier. Pour Myrtho Célestin, la poésie n’est pas très éloignée des autres formes d’art, telles que la peinture, la sculpture et la musique, ses passions. N’étant pas des langages au sens strictement linguistique du terme, ces arts n’en constituent pas moins des formes d’expression qui s’adressent aux sens comme à l’esprit. Peindre, sculpter tout en écoutant de la musique, c’est, pour elle, sentir, échanger, aimer, donc vivre.
Huguette Hérard
1 commentaire
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Catherine Flon
Une belle promenade artistique ! Merci