Portrait croisé de Victor Benoît, dit Mèt Ben
Fin mai, au Collège Jean Price-Mars. La classe de seconde est silencieuse, circonspecte. Mèt Ben entre, cahier en main, non pas celui de l'histoire qu'il enseigne, mais celui de l'économat, dont il a la charge. Il cite des noms. À chacun le même verdict : passer à la direction régler l'écolage, ou rentrer chez soi, et que les parents viennent eux-mêmes récupérer le carnet scolaire, retenu jusqu'à paiement.
Aucun bruit dans la salle. Et puis, voyant la flopée d'élèves se lever et partir, Mèt Ben tourne son regard, et l'on aperçoit des perles de larmes à ses yeux. Il sort vite de la classe. Je faisais partie de la liste. En me dirigeant vers la direction, je passe par la porte de derrière, et j'entends sa voix, brisée par les sanglots, dire à quelqu'un, resté assis : moi, je n'ai pas fait d'école pour renvoyer des élèves pour l'argent.
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