Le soleil, métaphore de l'amitié, de la liberté, dans Compère Général Soleil
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« Arrêter cette course vers la déchéance qui plombe et refroidit les ardeurs de la lutte pour la régénération collective. En effet, c'est ce lieu, ce parcours qu' il faut d' ailleurs inviter au peuple, à la majorité misérable à emprunter ». « Le soleil, métaphore du compagnonnage, de la lutte, et de la liberté » pour une relecture de Compère Général Soleil.
Qu'il suscite un nombre considérable de commentaires, d'études, d'analyse, Compère Général Soleil ne demeure pas moins un roman fondamental à côté de « L'Espace d' un cillement » et « Les Arbres musiciens » de Jacques Stephen Alexis dont l'année 2022 marque le centenaire de naissance. En outre, on ne cessera jamais d'épuiser les thématiques à l'œuvre dans la production littéraire romanesque alexienne. Ces thèmes en étude ou étudiés dans leur richesse et leur déferlante révèlent un fait : la belle amour humaine portée par ce grand romancier, trop tôt arraché, promis au bel avenir qui s'ouvrait devant lui comme les promesses du printemps, par les forces sanguinaires et rétrogrades de Papa Doc.
D'une certaine façon, la portée dénonciatrice des malheurs du peuple haïtien dans le roman Compère Général Soleil trouve son meilleur lieu d'expression ou son pendant dans la nécessité de la libération collective, de la lutte populaire. Il paraît fondamental que l'éducation politique du peuple doive être menée d'un commun accord, d'un front commun. Il ne résultera qu' échec, une gaguerre si le processus de libération du peuple ne trouve comme socle fondateur une prise de conscience politique générale, collective, l'éducation des masses. Ce que Yves Chemla, dans une entrevue avec le linguiste Robert Berrouet-Oriol, ( Jacques Stephen Alexis, cent ans de « réalisme merveilleux » et « mort sans sépulture »[1] nomme chez Alexis « le récit de la métamorphose des consciences ». Le processus de transformation d'Hilarion ( début de prise de conscience et éducation politique) par Pierre Roumel et Jean-Michel constitue le microcosme sur lequel devait greffer la lutte populaire, une « tâche exigeait un large assentiment sociétal », comme le souligne Y. Chemla au cours de la même entrevue.
Thématiques de l' œuvre
Il demeure à côté des thématiques de la misère générale, de la représentation de la femme, de la nécessité de l'action dans la lutte de la libération des masses, la dénonciation des conditions de l'exercice du pouvoir, de l'emprise des Américains sur le pays, du racisme primaire de la prétendue élite mulâtre, de la lutte des travailleurs ( cf la lutte de Paco et des travailleurs dans les champs bleus de la canne en Dominicanie), du massacre des Haïtiens par les fascistes de Rafael L. Trujillo, il y développe une certaine représentation de l'astre du jour, le soleil, dans le texte. L'astre quotidien paraît tantôt un ami, un compagnon, qui montre le chemin de la lutte.
Le soleil est exploré sous la plume du narrateur et dans le souffle du personnage principal comme une métaphore, une figure métaphorique qui attribue une certaine représentation à l'astre : un général, un compagnon des luttes populaires. Il s'avère impérieux de suivre la démarche évolutive du thème. L'astre du jour subit une transfiguration sous la plume d'Alexis. Si quelque part, le soleil est lieu de vie et de lumière, l'évolution du thème dans le narratif de Compère Général Soleil traduit la fraternité des laissés-pour-compte, la plénitude de la lutte, du combat du peuple, la certitude de l'accompagnement, la certitude du changement puisque « le Général soleil » n'avait jamais manqué à Hilarion.
Le soleil, une métaphore dans Compère Général Soleil
Aux premières lignes de l'incipit, l'astre paraît à travers la lucarne de la prison, le soleil monte, rayonne, le soleil resplendit, verse sa coupe de lumière et « ça pique ». En effet, l'astre du jour dans sa cavalcade sur les tropiques ne renvoie -t-il pas à la liberté ? « Le soleil (qui) décrochait dans toutes les directions sa fusillade d'épingles de feu » renforce cette métaphore où l'or matinal figure d' une part, la lumière ; d' autre part la liberté ( entre par la lucarne ; décrochait dans toutes les directions ; force, etc.).
Ailleurs, le soleil paraît être une métaphore de l’amitié, du compagnonnage, un vrai et vieux compère à travers les mots d'Hilarion ( c'est le vieux Compère Soleil qui vient me voir ! Il a toujours été avec moi...( p.348). Le récit rétrospectif d'Hilarion, en remontant le temps, fait son compte à rebours, se remémore des souvenirs du compagnonnage. L'or du matin lui a été d'un grand secours (ne fut-il pas bœuf-à-la-chaine, corroyeur à la tannerie, etc.). Si la lumière de l'astre ne lui manquait guère dans la vie, Hilarion y puisait dans la chaleur et la vigueur du soleil toute la force de la lutte contre les misères de la vie.
Le « soleil » dans le roman Compère Général Soleil est présenté sous les traits métaphoriques de l' amitié, la vraie, puisque ce « grand nègre » que figure le Général Soleil demeure « l' ami des pauvres », le papa, celui qui « dans son unité, montre le chemin aux chrétiens vivants ».
Une métaphore de lutte et de la liberté
Une métaphore de la liberté et de luttes, le soleil paraît par ailleurs sous cet angle dans le roman d'Alexis. En effet, l'or du matin lutte, combat et sort victorieux de la nuit. Il arrache à l'année même une saison et qu'il accorde aux paysans. Dans sa lutte et sa liberté, le soleil témoigne et prêche l'exemple à tous. Et Hilarion et les autres ( Pierre Roumel, Jean-Michel, Paco Tores,) à la suite ont compris l'illustration. N' affirme- il pas « la grande vérité, c' est que le Soleil d' Haïti nous montre ce qu' il faut faire »[4] ( p. 349). La force, la vigueur, la liberté que portent les rayons du soleil demeure ce témoignage de la lutte, du combat que tous doivent mener afin d'abréger ce glissement résolu dans l' abîme.
Arrêter cette course vers la déchéance qui plombe et refroidit les ardeurs de la lutte pour la régénération collective. En effet, c' est le parcours qu'il faut d'ailleurs au peuple, à la majorité misérable entamer. « C' est ce soleil-là qu'il faut suivre » comme le stipule le camarade Hilarion à sa compagne Claire- Heureuse. Cette allégorie du soleil, comme cheminement vers la liberté, l'unité, la lutte et l' amitié, illustre la voie que devait prendre le peuple pour conjurer le cycle infernal vers l' inertie, la désolation et la désespérance, vers la mort collective ( misère générale, précarité, banditisme étatique, accès au terrorisme, dégradation écologique accélérée, etc.).
Le soleil, une métaphore du compagnonnage, de la lutte, de la liberté. Le roman Compère Général Soleil, publié en 1955, y attribue une signification, développe une sémantique de ce thème ici étudié dans ses déclinaisons multiples ( lumière, force, vigueur, liberté, lutte, combat, victoire, amitié, voie ou chemin à suivre).
James Stanley Jean-Simon
E-mail : jeansimonjames@gmail.com
Président du C.E.L.A.H. ( Centre d' Études Littéraires et Artistiques Haïtiennes)
Berrouët-Oriol, Robert ; Jacques Stephen Alexis, cent ans de « réalisme merveilleux » et « mort sans sépulture» , Publié le 22/03/2022 à 05:54
https://berrouet-oriol.com/litterature/entrevues/jacques-stephen-alexis-cent-ans-de-realisme-merveilleux-et-mort-sans-sepulture/
https://lenational.org/post_article.php?cul=307
Berrouët-Oriol, Robert ; Jacques Stephen Alexis, cent ans de « réalisme merveilleux » et « mort sans sépulture» , Publié le 22/03/2022 à 05:54
https://berrouet-oriol.com/litterature/entrevues/jacques-stephen-alexis-cent-ans-de-realisme-merveilleux-et-mort-sans-sepulture
https://lenational.org/post_article.php?cul=307
Alexis, Jacques Stephen, Compère Général Soleil, Éditions Fardin, 2002
Alexis, Jacques Stephen, Compère Général Soleil, Éditions Fardin, 2002
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