Une partie de pêche
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Je n'étais pas très grand lorsqu' avec des amis du quartier La Savane-sur-mer, je prenais très souvent l'habitude de me retrouver à l'embouchure du fleuve. Là où l'eau de la mer et de la rivière semble se rencontrer pour former un vaste delta: où l'eau saline, branches d'arbres, galets et autres débris formaient une large plaine liquide, se donnaient rendez-vous.
À l'époque j'habitais avec mes parents et un vieil oncle de mon père le quartier de La Savane. C'était un quartier aux riantes couleurs, où les maisons aux toitures de tôles ondulées et les murs en plaques de bois respiraient l'air marin comme un second souffle apporté par le vent.
Les maisons à chambre haute portaient des colombiers d'où venaient nicher quelques quelques colonies de colombes du bourg. La localité se trouvait alors à une vingtaine de kilomètres du village plus proche.
Le quartier comptait deux ruelles principales où longeaient des maisons comme la nôtre qui, par temps de pluie parfois se blottissaient l'une contre l'autre, contre la fureur de l'eau des mers lors du passage du Nordé. Nous, je dis nous parce qu'il y avait moi et mes amis, prenions alors l'habitude par bon temps, en fin de semaine ou pendant les vacances de nous retrouver sur les bords de la rivière afin de rafraîchir et de tremper nos corps ou attraper quelques crevettes, cribiches , tétards, anguilles... Ce qui fut souvent le cas car nous apportions à la maison nos prises. Cela nous a épargné bien des raclées de tonton Yvo ou de la grogne de maman.
Un samedi , nous étions cinq , lorsque nous partîmes pour la rivière. Pierre et Tcharly se chargeaient, eux, des cannes à pêche. Tandis que moi , Rigaud et Jeffline, la seule fille de l'équipe, portaient les appâts, hameçons, coutaux et autres bagatelles... *
Le soleil montait déjà sa face dorée sur la colline. Lorsqu'après une quinzaine de minutes de marche à travers la
petite forêt, nous posons les pieds sur les berges du Minguet. La nature paraissait fraîche et calme ce matin de juillet. Les arbres et les plantes semblaient lentement sortir d'un léger sommeil. Les rayons clignaient par bordée à travers les feuillages.
La faune lui emboita le pas comme pour nous souhaiter le bonjour avec les mâles accents du colibri, des quatre- yeux arpentant la chevelure touffue des nuages.
Il était huit heures AM quand, enfin, nous posons les pieds sur les bords du Minguet. Tcharly et Rigaud se précipitèrent de prendre un bain. En se jetant avec fracas dans le fleuve. Moi et les autres, nous n'avions pas eu le coeur à l'appel de l'eau. On n'espère mieux quelques rayons de soleil viennent adoucir nos visages trempés de sueur , de rosée fraîche.
Quelques minutes plus tard, les baigneurs nous ont finalement retrouvés. On a départagé les taches. À chacun son boulot. Chacun y mettait une main dévouée pour la pleine réussite de la partie de la pêche.
Pierre et Tcharly, les plus robustes, tenaient les lignes tandis que nous autres, occupions à les aider à les tirer lorsque quelques poissons se laisseraient prendre. Jeffline s'occupa, quant à elle, à attraper dans un grand panier de bambou posé dans un coin de la rivière, toutes les trentes minutes, des ecrivisses, cribiches, palourdes. Charly alluma le feu de bois où nous les faisons rôtir. Soudain une voix retentit. Il s'agit bien celle de Pierre.
- Ohé ! Les amis , venez m'aider à tirer la canne à pêche de l'eau.
- Aidons-le vite, cria Jeffline
- Nous y sommes Pierre, conclus-je?
Au même moment Rigaud laissa tomber sa ligne.
- Il me semble que tu as attrapé un gros, opina Charly.
- Sans doute, une importante prise, un gros poisson est mordu
à l'hameçon.
- Tenez la canne avec moi. Attendez! Allez-y, repris Pierre.
- Hops?
-Eh voilà! Ajouta Rigaud.
- Non, pas maintenant les amis. Tenez à nouveau, repris
Pierre.
- Allez doucement la canne est fragile, déclara Tcharly.
Un effort final conclut la scène où patiemment les enfants finissent par amener le poisson sur la berge.
- Oh! Lança Jeffline, quel gros poisson!
Stupéfaits, les yeux écarquillés, ils n'arrivent pas à mésurer l'importance de leur prise.
Tcharly songea retourner au village afin d'annoncer à tous la nouvelle. Les quatre le retiennent. Les minutes s'égrainent. Quelques minutes plus tard, ils prennent tous le chemin de
retour.
Pas sûr que le village connaisse la nouvelle du gros poisson. Aurons-nous un bon prix, pensèrent-ils?
- Rigaud, tout heureux, songea au produit de la vente partager une partie avec Rhésia, sa mère, pour l'achat d'une paire de chaussures.
Les gamins chargèrent l'animal sur l'épaule des plus robustes. Et l'on s'assura de les secourir au moindre signe de fatigue.
Les secondes s'égouttent, s'égrainent, s'enfilent. Une à une, nos pas nous rapprochent du quartier. Une vingtaine de minutes, nous sommes déjà loin. Très loin.
Quand nous arrivons au village, il était midi.
Avril 2008
James Stanley Jean-Simon
1 commentaire
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Jacob Jean-Jacques
Délicieux récit.