Une parole hautement authentique
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Viennent de paraître deux ouvrages d’importance consacrés à l’art de la scène intitulé : Nouvelles dramaturgies d’Haïti (Des écritures pour la scène). La publication de ces deux tomes s’inscrit dans une perspective de l’association quatre chemins d’enrichir la littérature haïtienne et francophone. Pour mieux comprendre cette démarche, Guy Régis Junior a répondu à nos questions autour de la parution de ces ouvrages.
Kettia Naissance : Deux nouveaux livres consacrés aux dramaturgies d'Haïti. En tant que dramaturge, responsable de festival, qu'est-ce que ça vous fait ?
Guy Régis Junior : Depuis maintenant plus de deux ans que nous concoctons ces deux tomes des nouvelles écritures théâtrales haïtiennes, avec les autrices et auteurs Andrise Pierre, Darline Gilles, Djevens Fransaint, France Medeley Guillou, Gaëlle Bien-Aimé, Naïza Fadianie St-Germain, Ducarmel Alcius, Erickson Jeudy, James Saint-Félix, Jean D’Amérique, Joeanne Joseph, Rolaphton Mercure ; suivis par un comité de lecture international, constitué de professionnels de l’écriture dramatique : du Québec, Sara Fauteux du Centre des Auteurs Dramatique ; de la France, Nadine Chausse, ancienne responsable de la Maison des auteurs du festival Les Francophonies des écritures à la scène de Limoges ; Mireille Davidovici, ancienne rédactrice de la revue Aneth, et jury pour de nombreux prix d'écriture théâtrale ; de la Belgique, Edith Bertholet, adjointe à la direction générale, dramaturge et responsable de la programmation littéraire et des rencontres du Théâtre de Liège et Isabelle Collard, ancienne responsable de la coordination du service pédagogique et du développement des publics du Théâtre de Liège ; en Martinique, Bernard Lagier, dramaturge et directeur adjoint du Tropiques Atrium ; et d’Haïti, Hélène Lacroix, chargée du projet Nouvelles Dramaturgies ; Soraya Jasmin, assistante au projet des Nouvelles Dramaturgies en charge de la communication, et moi-même dramaturge et directeur de compagnie et du festival. Je me réjouis que ces deux livres finalement soient dans les tous derniers instants de retouches avant publication.
K. N. : Des écritures pour la scène, qu'est-ce cela évoque ?
G. R. J : Que nous avons encore du grand labeur devant nous, dans ce domaine. Les textes de Franck Fouché, un dramaturge haïtien des années 60, né un 27 novembre 1915 et décédé le 3 janvier 1978 à Montréal des suites d’un accident de la route, sont épuisés, donc très peu disponibles ; je suis sûr que nous les aurions montés s’ils étaient réédités. Donc ne n’est pas fini. Le destin exact du texte théâtral est d’être joué, mais c’est d’abord de la littérature. Cela évoque aussi, le fait que si nous aimons à publier nos recueils de poésie dans le pays des poètes, il devrait en être de même pour le théâtre.
K. N. : Sans doute, vous êtes derrière ce grand projet consistant à promouvoir l'écriture dramatique en Haïti par le biais de l'Association Quatre Chemins. Comment est née l'idée ?
G. R. J : Nous le voyons très bien, que si nous publions les textes, ils suscitent automatiquement un grand intérêt de la part du public, et surtout de la part des professionnels, en tout premier lieu les metteurs et metteuses en scène. Les pièces en créole de Syto Cavé, que Chimen a publiées en 2014, par exemple. Les rares textes dramatiques qu’on retrouve sur nos scènes le sont par le fait qu’ils soient disponibles, donc pour la plupart publiés (Félix Morisseau Leroy, Frankétienne). Durant le Festival 4 Chemins, nous avons aussi créé un moment spécifique pour faire entendre les nouveaux textes de théâtre des Caribéens, des Franco-canadiens, des Libanais, etc. Les deux sont complémentaires : publier, et faire entendre les textes.
K. N. : Parlez-nous du choix des textes et des auteurs ?
G. R. J : Ce sont tous des autrices et auteurs qui ont entre vingt et trente ans. C’est un pari sur l’avenir. Comme pour inviter ces écrivaines et écrivains à poursuivre. Mais c’est aussi le fruit d’un travail accompli depuis près d'une dizaine d'années maintenant. L’Association 4 Chemins a toujours fait la promotion de l'écriture dramatique, dans des lectures scéniques, dans des ateliers d’écriture, dans des résidences de recherche et de création, etc. Ces initiatives ajoutées au dynamisme de la scène théâtrale haïtienne ont permis la naissance d'un nombre grandissant de jeunes écrivaines et écrivains qui aujourd'hui se passionnent de l'écriture pour la scène, qui ne ratent jamais les prix littéraires chaque année. Nous suivons l’explosion de ces écritures théâtrales, avec beaucoup d’intérêt et d’appréciation. C’est tout à fait logique que, la direction du festival, pour continuer d'appuyer les nouvelles écritures haïtiennes pour la scène, propose donc ces deux tomes.
K. N. : En quoi la parution de ces deux livres peut contribuer à enrichir l'écriture dramatique en Haïti ?
G. R. J : Ce sont : De bonnes nouvelles pour la scène ! Pas seulement en Haïti. Dans le monde francophone, et nous espérons dans d’autres langues du monde.
Avec ces douze nouvelles dramaturgies, ces écrivains et écrivaines tendent ici des arguments à ceux qui se prétendent au métier de mettre en scène, en ces premiers vingt ans du 21e siècle. Du grain à moudre donc, à profusion, pour ceux qui se disent mettre en scène pour parler de nous, de nos drames en ce nouveau siècle déjà bellement entamé.
Il s’agit donc d’une parole hautement authentique, et d’aujourd’hui. Car aucun des dramaturges ici n’a encore deux fois vingt ans. Ce sont donc des enfants pétris de la pâte du temps présent. Leur enfance ni même leur devenir y ont été bercés.
Ils/Elles ont voulu prendre un chemin qui somme toute semble paradoxal. Créer du texte théâtral pour le théâtre. Le nouveau théâtre semble fuir la dramaturgie. Le nouveau théâtre préfère tordre d’autres textes à l’usage de la scène.
Comme si les mots les dramaturgies n’avaient plus rien de théâtral. Ou peut-être dans le théâtre a-t-on toujours souhaité que la/le dramaturge soit mort/morte. Ou peut-être simplement que le/la dramaturge vivant/vivante gêne.
K. N. : Y a-t-il d'autres projets de ce genre qui vont venir ?
G. R. J : Nous l’espérons bien sûr. Il faut toujours énormément y croire. Et surtout que des collaborateurs soient à notre écoute. Finalement, sans le soutien du programme AROCH et de l’OIF nous n’aurions pas pu publier ces livres. Nous les remercions ici chaleureusement.
Kettia Naissance : Avez-vous une attente particulière avec la parution de ces ouvrages ?
Guy Régis Junior : Que les pièces soient mises en scène ! Faisons de nous tous des dramaturges du lendemain. C’est en effet ce que clament ces différents et différentes jeunes écrivains/écrivaines haïtiens/haïtiennes pour la scène, et plein d’autres absents/absentes ici, que nous n’avons pas pu rentrer dans la liste, qui s’inscrivent dans tous les prix internationaux francophones d’écriture théâtrale pour confronter leurs talents. Alors… Qu’on arrête d’avoir peur des écritures des dramaturges vivants ! Les écrivaines et écrivains de théâtre ne sont pas tous morts !
Propos recueillis par :
Kettia Naissance
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