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Culture

Résolutions retrouvées : l’art discret du coaching

Quand remettre de l’ordre dans le désir devient un acte politique intime

Quand remettre de l’ordre dans le désir devient un acte politique intime

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À peine formulées, la plupart des bonnes résolutions sont déjà abandonnées. Selon plusieurs études européennes, plus d’une sur deux disparaît avant la mi-janvier. En ce début d’année 2026 marqué par la saturation mentale, l’accélération permanente et la fatigue décisionnelle, certains font pourtant un choix rare : s’arrêter. Littéralement. À rebours des discours de motivation, cet atelier pose une question plus large : que devient le choix individuel dans une société saturée d’injonctions à réussir, où même le désir tend à être normé ?

Derrière une porte discrète d’une maison ancienne du centre de la capitale belge, un autre rythme s’invente. La lumière d’hiver est douce, le parquet craque, le silence s’installe. Pas de téléphone, pas d’écran. Quelques carnets, des stylos et un cercle de chaises. Le temps d’un week-end, un petit groupe d’adultes participe à un atelier de coaching consacré aux « résolutions en conscience ».

Ici, pas de slogans motivants ni de promesses de transformation rapide. Le cadre est volontairement sobre. Une règle implicite prévaut : ralentir.

Le samedi : cartographier le réel

L’atelier se déroule sur deux demi-journées. Le samedi matin est consacré à la clarification. Non pas des objectifs à atteindre, mais de ce qui, dans la vie de chacun, sature, fatigue ou manque.

« Avant de décider où l’on va, il faut regarder honnêtement d’où l’on part », résume Daniel, coach certifié et fondateur de Syntonia Coaching et Développement, qui revendique une posture d’accompagnement plutôt que d’expertise.

Les participants écrivent pour eux-mêmes : une cartographie libre de l’année écoulée : engagements pris par habitude, renoncements discrets, déséquilibres tolérés trop longtemps. Le travail se fait en silence, ponctué de questions simples : est-ce un fait ou une interprétation ? Est-ce un choix ou une contrainte ?

Le groupe est volontairement restreint et hétérogène. Une ancienne diplomate à la retraite, un cadre d’entreprise, une jeune femme en reconversion, un quadragénaire en questionnement professionnel. Les parcours diffèrent, mais une même tension affleure : celle entre ce qui est attendu et ce qui est réellement désiré.

Fabienne*, 65 ans, évoque une vie « très remplie » dont il lui faut désormais « apprendre à sortir autrement ». Marc*, 47 ans, dit avoir réussi sans pour autant savoir où aller. À l’autre bout du cercle, Anaïs*, 27 ans, craint surtout de ne pas essayer tant qu’il en est encore temps. Bilal*, 32 ans, résume plus sèchement : « Je ne sais pas si j’ai jamais vraiment choisi. »

Dépasser les valeurs de façade

L’après-midi est consacré aux valeurs. Pas celles que l’on affiche, mais celles qui résistent lorsque les choix deviennent coûteux. En binôme, chacun les énonce, l’autre reformule. L’exercice, simple, est souvent déstabilisant. Il met au jour des décalages parfois criants : brandir la liberté tout en laissant son agenda être dicté par la peur de déplaire ; invoquer la créativité sans jamais laisser de place au vide.

Le coach travaille dans un cadre déontologique strict — confidentialité, non-jugement, supervision. Il n’interprète pas, ne conseille pas au sens classique. Il cadre, reformule, questionne.

« Le coaching n’est ni une thérapie ni une formation. Il ne soigne pas, il n’enseigne pas. Il aide à décider », rappelle-t-il. Une démarche qui ne convient pas à tous : elle suppose une capacité à verbaliser et un minimum de sécurité intérieure.

Le dimanche : la stratégie du petit pas

Le dimanche, le travail change de registre. À partir de l’intention formulée la veille — une direction, non un objectif — chacun définit un objectif unique pour les semaines à venir : concret, observable, inscrit dans le réel. Dans ce cadre, l’« intention » ne désigne pas ce que l’on va faire, mais le point d’appui à partir duquel on accepte — ou refuse — de le faire, lorsque les contraintes réapparaissent.

Julien*, cadre dans une entreprise internationale, arrive avec une demande classique : « être plus à l’aise à l’oral ». Après plusieurs reformulations, il écrit finalement : « Prendre la parole sans notes pendant cinq minutes lors de la réunion mensuelle de mars. »

« Là, je sais ce que je m’engage à faire », dit-il simplement.

Viennent ensuite les actions : quatre gestes précis, une par semaine, sur un mois. Pas de plan idéal, mais des pas compatibles avec une vie déjà pleine. Les freins sont nommés sans dramatisation — peur du regard, dispersion, fatigue — puis mis en regard des ressources disponibles.

Un acte de résistance intime

Ces ateliers collectifs se présentent comme une initiation : une expérience structurée, limitée dans le temps. Rien n’est imposé. Chacun choisit — ou non — de poursuivre. Reste que ce type de démarche suppose du temps, une certaine disponibilité psychique et un capital de stabilité que tous ne possèdent pas.

« En l’écrivant, je me suis rendu compte que ce n’était pas une résolution. C’était une injonction », note une participante. « Et si vous pouviez transformer cette injonction en intention ? », relance le coach.

Lorsque le cercle se défait, en fin de dimanche, les visages sont calmes, sans exaltation. « Ce n’est pas que j’ai changé, glisse une participante. C’est que je vois plus clair, sous un autre angle. »

À l’extérieur, la ville a repris son rythme de klaxons et d’agendas saturés. À l’intérieur, quelque chose s’est déplacé : moins une résolution de plus qu’une manière différente de se tenir face à ses choix. Encore faut-il que cet acte intime ne devienne pas une manière élégante de s’adapter à l’inacceptable, faute de pouvoir le transformer collectivement. Dans un monde saturé d’injonctions, reprendre la main sur ses décisions n’est peut-être pas une révolution. Mais c’est déjà un déplacement.

David B. Gardon, journaliste

Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes concernées

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