Hommage à Jean Winer Pascal: Une fête d’amour à Miami
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Le 18 octobre 2025, au Lauderhill Performing Arts Center, Quincy Auguste Media Network a offert à Miami une soirée rare, tissée de douceur humaine, de mémoire musicale et de gratitude partagée. La salle n’était pas pleine à craquer, mais ceux qui s’y trouvaient ont vécu bien plus qu’un concert : une liturgie d’amitié, une communion artistique, un moment où la musique haïtienne a pris une forme presque sacrée pour saluer un pilier de sa poésie sonore : Jean Winer Pascal.
Dès les premières notes, il est clair que ce n’est ni un spectacle ordinaire ni une simple programmation culturelle. C’est une famille qui se retrouve, dispersée mais soudée, et qui se rassemble autour d’un homme dont les chansons ont accompagné nos générations, nos chagrins et nos aubes nouvelles. À distance, des figures emblématiques, dont Jean-Claude Martineau, BIC, Remsky Cassamajor, Bélo, Carole Demesmin, John Steeve Brunache, TiCorn, ont déposé leurs mots comme autant d’offrandes. On y sent une admiration profonde pour un artiste qui, depuis toujours, porte Haïti avec une intensité sans fioritures.
Sous la direction délicate et rigoureuse de Fabrice Rouzier, une constellation de musiciens tisse une atmosphère suspendue. Ti Wes au tambour, Jimmy Jean Félix à la guitare, Dony Félix, et la révélation de la soirée, Donalzie Théodore, dont la voix a littéralement traversé la salle, ont sculpté un espace où souffle l’esprit du pays. À leurs côtés, deux grandes dames, Rutshelle Guillaume et enfin Emeline Michel ont apporté la ferveur, la grâce et la puissance qui leur sont propres. Et Wooly St-Louis Jean, maître de scène généreux, a guidé le public avec l’élégance de ceux qui savent offrir sans jamais écraser.
Puis survient le moment tant attendu : l’entrée de Jean Winer Pascal. Il avance, humble, presque fragile, tenant dans ses pas toutes les années de création, la gratitude silencieuse, la fidélité à son art. Entouré de sa mère et de son épouse, il ne prononce que quelques mots, un simple merci, mais un merci chargé de pudeur, de reconnaissance, de vie.
L’un des instants les plus bouleversants survient lorsque Quency Auguste appelle Emeline Michel sur scène. Sa voix se brise, les larmes montent, et Emeline, submergée elle aussi, vient la rejoindre. Dans cette salle, l’émotion circule comme une onde qui déborde les frontières du lieu. La musique devient alors un lien vivant, une mémoire en mouvement, une manière de dire : nous sommes encore capables d’amour.
La soirée se referme sur un symbole fort : “Kole Zepòl”, écrit par Jean Winer Pascal, interprété par tous les artistes réunis, accompagné des danseuses de la ASAHO Company. Dans cette fusion des voix et des corps, c’est Haïti elle-même qui semble respirer, depuis Miami, un message simple et urgent : notre pays a besoin de chaleur, d’unité, d’un peu d’amour pour continuer.
Dans un temps marqué par les fractures, la fatigue collective et les blessures ouvertes, cet hommage à Jean Winer Pascal aura offert bien plus qu’un spectacle: une parenthèse lumineuse, un rappel que la culture demeure l’un de nos derniers refuges, et que la musique, quand elle porte l’âme d’un peuple, peut encore rassembler, apaiser et faire espérer.
Yves Lafortune, Tamarac, le 19 Novembre 2025
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