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Olgens Cenejuste, voix haïtienne au festival Poesias do Mundo

Olgens Cenejuste, voix haïtienne au festival Poesias do Mundo

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Au cœur d’un monde fragmenté, où les bruits s’entrechoquent et les sensibilités s’émoussent, s’élève la voix d’Olgens Cenejuste, claire, puissante et profondément humaine. Ce jeune poète haïtien, revenu d’un séjour poétique au Portugal, porte une vision singulière de son art : la poésie, loin d’être un simple refuge ou une arme, est pour lui une véritable « formule de vie ». Une manière d’habiter le monde, de dialoguer avec l’autre, de forger une existence en accord avec soi-même et son environnement.

C’est avec une parole poétique profonde qu’Olgens Cenejuste a représenté Haïti au festival Poesias do Mundo, à Loulé, au Portugal, du 22 au 29 juin. À travers son témoignage, on découvre une poésie vivante, engagée, ouverte sur le monde, bien loin d’une démarche purement esthétique. Lauréat de plusieurs prix internationaux, résidant actuellement à Marrakech, au Maroc, Lenini (son nom de plume) appartient à cette nouvelle génération de créateurs et créatrices qui porte haut le flambeau de la poésie aux quatre coins du monde.

La poésie comme manière d’exister

Pour Lenini, l’acte d’écrire ne relève pas d’une posture, mais d’une nécessité intrinsèque.

« Je pense toujours que la poésie est une formule de vie, une manière de mieux se comporter dans le monde et d’entrer en relation avec l’autre. Elle ne se limite pas à une pensée, une idée ou des vers de grands styles : elle se vit, elle se pratique. Je n’écris pas pour me dire poète. J’écris parce que je vis en poète. Mon rapport à la vie, ma manière d’habiter l’existence — c’est cela, la poésie. Elle est, à mes yeux, la plus juste manière d’habiter la Terre et soi-même. » confie-t-il.

Sa poésie puise sa force dans une identité haïtienne profonde et indélébile. Même lorsqu’il écrit en français, sa langue est traversée d’une base créole : intensité directe, cadence essentielle, souffle de courage. Haïti, dit-il, « avec sa mémoire, sa cadence, sa manière de vivre les mots », irrigue chaque vers de sa poésie.

Un séjour poétique au Portugal

Son invitation au festival Poesias do Mundo a donné lieu à une expérience aussi intense qu’enrichissante. L’accueil fut chaleureux, le public curieux et attentif, désireux d’entrer en dialogue avec cette voix venue d’Haïti. Lire ses poèmes d’abord en créole, puis en français, fut une expérience nouvelle et émouvante pour lui comme pour l’auditoire. Une véritable magie de la rencontre, une magie simple mais essentielle, qui habite l’humanité et le monde. Chaque instant fut pour lui un immense plaisir.

À l’origine de cette aventure, une rencontre :

 « Je dirais que c’est une histoire de rencontres et de passion. Au début de l’année, j’ai été sollicité par l’ambassade d’Haïti au Maroc pour représenter le pays au Festival international de la diplomatie culturelle et de la poésie humaniste, à Rabat. »

C’est là que j’ai rencontré la magnifique poétesse espagnole, Raquel Zaragaza. Nous avons eu l’occasion d’échanger longuement, de partager nos visions de la poésie, du monde, de la sensibilité, du mystère… et des évidences aussi. De cette rencontre est née l’idée de nous retrouver dans un autre contexte poétique, et c’est ainsi que s’est dessiné ma participation au festival Poesias do Mundo de Portugal. », se souvient-il.

Partager, dialoguer, et s’ouvrir au monde

Être invité à un festival international, pour Olgens, est bien plus qu’un honneur : c’est une occasion de faire entendre une voix poétique nécessaire. « Les poètes ont besoin d’être écoutés, entendus, lus, mais aussi étudiés. » Ce voyage fut pour lui une « étape importante », un moment d’élargissement de sa vision du monde, un privilège aussi.

Il a ainsi découvert la richesse littéraire et humaine du Portugal, en dialogue avec des artistes venus de divers horizons… Un bain de diversité, un véritable bouillonnement créatif, une grande source d’inspiration.

Il s’émerveille encore : « Ce séjour au Portugal a été avant tout une expérience nourrie par la curiosité, puisque c’était ma première fois dans ce pays. J’étais impatient de découvrir sa géographie et tout ce qui constitue sa singularité. J’ai également eu l’opportunité de m’ouvrir à un autre univers littéraire, de me connecter à des sensibilités différentes, grâce à des rencontres enrichissantes avec des artistes venus du Brésil, du Chili, du Cap-Vert, d’Espagne, du Maroc et bien sûr du Portugal. »

L’engagement du poète dans un monde brisé

Dans un monde fracturé, le natif des Gonaïves voit dans la poésie une mission : reconnecter l’humain à lui-même.

« Ce monde a plus que jamais besoin de poésie. Pourquoi ? Parce que la poésie offre une manière rare et précieuse de se reconnecter à soi-même. L’un des grands maux de notre époque, c’est cette tendance à se perdre à l’extérieur de soi, à courir après des identités qui nous sont étrangères. Dans cette confusion, la poésie peut jouer un rôle essentiel. », explique le poète.

À ses yeux, la poésie permet d’habiter ses émotions, de se réconcilier avec sa propre sensibilité. Et ce travail intime ouvre, selon lui, la voie vers l’autre, sans peur, sans masque.

« Je ne sais pas si elle peut tout réparer, ni qu’elle soit une solution à tous les problèmes. Mais elle peut offrir un appui, un point d’ancrage. Elle ouvre un espace pour la quête intérieure, pour l’exploration de soi. Et c’est dans cette quête que naît une forme de connaissance — celle de la compassion pour soi-même, de l’amour propre, de l’acceptation de sa propre sensibilité et valeur.

Or, dès qu’on se sent en accord avec ses émotions, qu’on parvient à les habiter pleinement, il devient plus facile de vivre avec les autres. C’est là, je crois, que la poésie révèle sa force : en nous aidant à mieux nous comprendre, elle nous rend plus aptes à comprendre le monde, à rencontrer l’autre sans peur, sans masque. »

Lenini perçoit une résonance profonde entre la littérature haïtienne et la poésie lusophone. Des deux côtés, affirme-il, on retrouve l’importance de la sensation poétique, cette volonté de faire sentir avant même de faire comprendre. « Même lorsqu’on ne comprend pas entièrement le message, on ressent ce que dit le poète. » C’est cette sensibilité partagée qui bâtit des ponts au-delà des langues.

De son séjour portugais, il garde le souvenir de « grands moments de folie, de sourires, et de magnifiques performances. »

Il précise : « Chaque fois que je repense à ce festival, un sourire m’anime. J’ai envie de redessiner les visages, de réentendre les langues que j’ai tenté de parler, de me souvenir des noms que j’ai eu envie d’écrire dans mon âme. C’est pour moi une forme de réussite. »

L’avenir s’annonce prometteur. La publication de son premier recueil est imminente, et d’autres projets, encore en gestation, s’apprêtent à voir le jour. Obrigado, conclut-il. Comme pour dire : merci à la poésie de tracer ces chemins inattendus entre Haïti, le Maroc, le Portugal… et bien au-delà.

 

Witensky Lauvince

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