Limbes qui tremblent suivi de Adlyne de sel et d'eau, poésie en état siège marquée d'amour
Écouter l'article
Un exercice d'interprétation voilà ce qu'est cet article sur le deuxième recueil de poèmes de l'enseignant et poète Petit-goavien, Adelson Elias. Des thèmes clefs tels que la violence, l'amour et la peur sont en poèmes dans ce texte paru aux éditions Floraisons en août 2020. La douceur et une sorte d'exaltation féminine à l'égard de la poétesse d'Adlyne Bonhomme rappellent "l'amour fou" des surréaliste, un peu comme si Henry Miller fait des poèmes pour Anaïs Nin, Baudelaire pour Jeanne d'Arc, Aragon pour Elsa, Philoctète pour Marga. Dans les limbes, il dresse le portrait d'un quotidien violent. D'un autres côté il se confie à l'amour. L'émerveillement devant une femme devenue muse "Jailli/ton corps/mon effeuillement"
Tout est joué, tout est prêt à se dévoiler chez le poète sensible qu’est Adelson Elias. Il a ce don : manier le langage pour projeter au lecteur les secrets d’une ville (Port-au-Prince) qui par les dangers, lui oblige de n’avoir pas d’autres cibles que la violence. Ce qui devrait l’affichage de tous poète, s’il veut qu’on lui respecte. Bon, tous poète confronté à la résistance, à la misère, au désespoir et à l’incertitude, est devenu, après tout, une voix qui se lève sans en donner visage.
Les constituants poétiques qui forment le tissu de sa parole émanent de ce que font ses les doutes de ses yeux. On s’émerveille de peur devant la violence. La peur ne résous pas le désordre. Pourtant le nœud de son discours nous fait penser à cette réalité où la course est devenue de plus en plus inquiétante. Marcher, c’est s’exposer au risque. : « l’homme
c’est vrai
dure peur
dans les rues de ma ville
où un rire
même perdant doucement
l’habitude
de marcher à pied
Etrange ! Quel univers de crainte ! On est contraint chez la poésie de cet employé du verbe d’assister à l’hécatombe la plus silencieuse des rues et ruelles de cette capitale de « maux-de-tête », de « terre glisée » pour paraphraser B I C drôlement sans velléité linguiste.
Je ne refuse pas à me placer loin de la tendance thuriféraire des critiques de la littérature haïtienne pour parler d’un recueil d’un poèmes, -suffit seulement d’utiliser des épithètes grandiloquents- sans entrer dans la substance de l’œuvre. J’évite cette mauvaise culture qui fait à mal notre héritage culturel (poésie). Par cette distance, après la lecture de ces 65 pages, ce texte m’as permis de comprendre qu’un poète qui écrit dans les « anfractuosités des murs » pour reprendre les mots d’Arundhati Roy, souffre conciliant l’amour à la violence pour dire, encore et une autre fois, la brutalité du quotidien et cette réalité qui ne peut être franchie que par un certain soulèvement (défaisant les propos de Char) Les limbes et le verbe « trembler » traduisent « un symbolisme rapporté », entre désastre de notre contexte politico-social d’aujourd’hui marqué par les bilans de morts (enfer) et la peur «
Il y a
dans le crissement
du drap de silence
glissé
sur le crâne ouvert
dans la poussière,
un aller simple
pour des trous
dans d'autres corps
imparables.
Il y a,
dans l'indifférence
vis-à-vis
du corps
arbitrairement jeté sur le bitume,
un champs de cyprès
qui fait yeux doux
à la rue.
-le creusement
de sa propre tombe qui marche.
Tu ris longuement
par peur
ou par cynisme
mais
dans l’intervalle personne ne sait
qui sera la prochaine rive
du navire de la folie
de sang. ».
Tu voyais un mort hier. Ça te fais penser le comble de la violence. Tu vois quand même qu'on est pas loin d'une vie de jungle. Un lieu violent et fragile où l'on marche sur les morts. De ce constat de réel, l'auteur dit la violence dans un lyrisme imbriqué de peur et inespoir a (ce mur auquel l'on se défend (nous les impuissants déplacés) comme me l'as dit l'écrivain martiniquais en appel hier matin).
Par un chemin qu’on peut appeler « engagement », les mots et son salutaire pouvoir, la poésie de l’ancien enseignant, tâche d’y jamais mis les pieds que par le travail de « faire vivre la langue » qu’il considère comme l’accomplissement politique du poète. Mais un peu paradoxal, l’acte dénoncer est engagé et rien ne passe sous ses yeux quand approche les ravages des jours “encore possible
à ne pas compter demain
jour mort
où est brulé
jusqu'à la dernière paille
le nid
de l'oiseau du souffle ‘’.
pour dire la brutalité du quotidien, entre déraciner les rêves et couper tous les souvenirs qui rattachent les individus les uns aux autres, se tient la tendance violente des territoires perdus, cette poésie ne dissimule donc rien de l’horreur des jours. Les bilans sont dits, et la poésie eliasienne met son manteau de prophétie.
Le poète écrit, comme s’il était payé pour scruter ce pays à l’endroit comme à l’envers, dans toutes les lignes antipodes du quotidien où les additions sont salées. Pour tout consigner, contourner, passer au scanner s’il le faut, les répits de la violence qui gangrène la ville. La poésie, ici, se tient entre l’ordre du sensible et du témoignage réel, dans une Haïti où vivre est « hors saison ».
Cette poésie, étant un des moyens de s’élever contre les traumas, nous amène sur un terrain, planant le rejet du silence, où l’ailleurs et l’hier se sont entremêlés par des fils d’incertitudes, de déboires, et cette civilisation qui peut, tristement, tomber…
D'une fluidité toute tremblante avec de métaphores, le lyrisme d’Adelson Elias pour qui la poésie est le lieu « le plus habitable », témoigne de l’insondable par la magie du langage. D’un autre bord de l’œuvre, le style happe. Il capitule le lecteur sa concision et (toujours) sa simplicité au grand coût.
Notice : Adelson n'as jamais reçu un prix littéraire. Pourtant il est bien l'un des plus raffinés des poètes contemporains haïtiens. Son œuvre témoigne de la violence quotidienne. Elle fait corps jusqu'à en est devenue indissociable. Ceci n’est pas et ne serait jamais une sorte de corporatisme du métier de poète.
Kerby Vilma
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.