Isaac Admeus : « Écrire, c’est habiter l’exil avec des mots »
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À travers son roman Les chemins de l’exil, paru chez Varella, Isaac Admeus s’inscrit dans une tradition littéraire rare. Avec une langue sobre, parfois tranchante, toujours habitée, l’auteur interroge les déplacements forcés, les identités fracturées et les silences de l’errance. Rencontre avec un écrivain pour qui l’exil n’est pas un événement, mais une condition d’être.
Le National : Isaac Admeus, votre roman s’intitule Les chemins de l’exil. Pourquoi le pluriel ?
Isaac Admeus : Le pluriel s’imposait naturellement. L’exil n’est jamais une route unique. Il est émotionnel, physique, symbolique. Dans mon roman, chaque personnage vit un exil différent : l’un fuit la misère, l’autre le mépris, d’autres encore leurs propres douleurs intérieures. C’est cette pluralité d’épreuves que je voulais faire entendre dès le titre.
Le National : La langue de votre roman est travaillée avec une attention presque poétique. Pourquoi ?
Isaac Admeus : Parce que la douleur ne se livre pas nue. L’écriture poétique me permet d’ennoblir l’indicible, de le rendre supportable. La poésie est le filtre par lequel passe l’horreur sans nous abattre. Et puis, dans un pays où les mots peuvent être des armes ou des refuges, il me semblait essentiel de soigner la langue.
Le National : Quelle place accordez-vous au style dans la transmission d’une expérience aussi brute que l’exil ?
Isaac Admeus : Le style, c’est la dignité de la parole. Même dans l’abjection, on peut rester digne si les mots portent l’élégance du ressenti. L’exil, dans mon roman, est brut, mais jamais brutalisé. Le style donne à l’exil une épaisseur humaine, une profondeur émotionnelle sans céder au pathos.
Le National : On perçoit aussi dans votre livre une critique implicite des discours politiques. Était-ce une intention militante ?
Isaac Admeus : Ce n’était pas une intention de départ, mais il est impossible d’écrire honnêtement sur l’exil sans dénoncer ses causes. Et ces causes, souvent, sont politiques : mauvaise gouvernance, mépris des jeunes, inégalités structurelles. Alors oui, si dire la vérité devient un acte militant, j’assume ce rôle.
Le National : Vous écrivez depuis longtemps, mais ce roman semble marquer un tournant dans votre œuvre.
Isaac Admeus : Effectivement. Les chemins de l’exil est plus intime, plus viscéral. Il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire, mais de porter une voix. Celle de milliers de jeunes qui, chaque jour, se demandent s’ils doivent partir ou rester. Ce livre est aussi une confession et une révolte.
Le National : Parlez-nous de votre livre en deux lignes.
Isaac Admeus : Les chemins de l’exil est le récit croisé de jeunes Haïtiens confrontés à l’abandon, au désir de départ et à la quête d’amour. Un roman-choc, à la fois tendre et implacable, sur la dignité face à la débâcle.
Le National : Comment concevez-vous l’exil dans votre propre trajectoire d’écrivain ?
Isaac Admeus : Mon exil est intérieur. Il ne passe pas forcément par un billet d’avion, mais par l’écart entre ce que je rêve pour mon pays et ce qu’il est devenu. Écrire, c’est pour moi une manière de ne pas fuir. Ou peut-être une manière d’exiler mes douleurs sans quitter mon pays.
Le National : Que retenez-vous de l’accueil réservé au livre jusqu’ici, en Haïti comme ailleurs ?
Isaac Admeus : L’accueil dépasse mes espérances. J’ai reçu beaucoup de messages d’identification. Des lecteurs m’ont dit : « C’est mon histoire, c’est ma sœur, c’est moi. » Cela me touche profondément. Ce roman donne une voix à ceux qui n’en ont pas, et je suis heureux qu’elle porte.
Propos recueillis par Godson MOULITE
7 commentaires
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Angelica
Wawww, mes félicitations Adméus
Jean Gardy Ternilus
C'est le genre d'ouvrage qui prête mots à nos ressentis les plus intimes. Bon travail Isaac !
Laventure Jean-François
.........🖋
Kathy
Good Job frangin je suis fiere de toi 💫✨💫✨
Roseverline Exinor
"Les chemins de l’exil" m’intrigue énormément. Rien que le titre évoque déjà un voyage intense, à la fois physique et intérieur. En lisant cet article, j’ai ressenti une vraie curiosité pour l’histoire et les thèmes abordés. J’ai l’impression que ce livre traite de sujets profonds comme l’identité, la perte, la résilience… des réalités si actuelles. J’ai vraiment hâte de me plonger dans cette lecture, d’en découvrir les personnages, leurs luttes et leurs espoirs. Merci pour cet article qui m’a donné encore plus envie de lire «Les chemins de l’exil». Bon travail Adméus
Jean Bobyson JOSEPH
Good job Isaac Adméus ! Continue de progresser... 👍🏾
1 réponse
Williams
Je suis très fière de toi freo