France :
Une semaine à Paris sous le signe d’Haïti
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Avec fracas sur la scène internationale, Haïti réclame justice et réparations, mettant à nu les cicatrices d’un passé colonial jamais refermé. Tandis qu’à l’intérieur, la violence des gangs ronge le quotidien et paralyse l’espoir, à l’extérieur, la voix haïtienne s’élève, déterminée à ne plus plier sous le poids de l’histoire.
Alors que nos compatriotes meurent sous les balles de leurs propres frères, enrôlés dans des gangs surarmés qui sèment la terreur parmi les plus démunis, à Paris, un autre visage d’Haïti se dessine. Un visage digne, enraciné dans l’histoire, la culture et la revendication de justice.
Le Chargé d’affaires de l’Ambassade de la République d’Haïti en France, Monsieur Louino Volcy, garde les pages de l’histoire grandes ouvertes. En ce mois d’avril, le nom d’Haïti résonne partout : dans les amphithéâtres d’université, dans les mairies, sur les chaînes de télévision, au cœur des débats parlementaires. Pas question de rester en marge : Haïti est au centre des discussions culturelles, intellectuelles et politiques.
Lundi 7 avril, à Montmorency : le dialogue des cultures. Là-bas, une exposition haute en couleurs a réuni deux mondes, deux imaginaires, deux histoires croisées : le Maroc et Haïti. Une initiative saluée, portée par la mairie de Montmorency et son adjoint au Maire à la culture, Maître Éric Sauray, en collaboration avec deux associations haïtiennes engagées « Promo Art Haïti », fondée et dirigée par l’artiste peintre Patrick Cauvin, ancien cadre de la diplomatie haïtienne en France, et « Rêvons pour Haïti », fondée par madame Suzette Montperousse. Cette rencontre artistique et culturelle rappelle que, malgré la douleur du présent, Haïti continue de rayonner par la force de sa culture, la vitalité de sa diaspora, et la résilience de sa mémoire.
La dette de l’Indépendance
Le mercredi 9 avril a eu lieu à l’Ambassade d’Haïti à Paris, une conférence sur la dette de 1825. Un public nombreux — Haïtiens et amis d’Haïti — s’est réuni pour écouter madame Gusti Gaillard, historienne reconnue et professeure à l’Université d’État d’Haïti. Sa conférence, intitulée « Haïti et l’Ordonnance Royale du 17 avril 1825 », a permis de revenir sur l’un des chapitres les plus sombres et contestés de l’histoire haïtienne : le décret par lequel la France a imposé à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or, en échange de la reconnaissance de son indépendance. Une dette inique qui a saigné l’économie haïtienne pendant plus d’un siècle, hypothéquant durablement son développement. Avec rigueur et clarté, madame Gaillard a également retracé la saga des emprunts contractés par l’État haïtien tout au long du XIXe et du début du XXe siècle, souvent imposés ou facilités par des banques privées françaises, parfois avec la complicité de certaines élites locales. Elle a démontré que cette dette fut le point de départ d’un engrenage d’endettement structurel, destiné à maintenir Haïti dans une position de subordination économique et diplomatique.
Ce sujet brûlant est plus que jamais d’actualité en France, alors que s’ouvre un grand colloque international intitulé : « Contre la Révolution française, contre la Révolution haïtienne : les indemnités de 1825 », qui se tient du mercredi 9 au samedi 12 avril 2025. Organisé à l’initiative de l’association APESE, ce rendez-vous historique rassemblera chercheurs, intellectuels, militants et descendants de ceux que l’on a tenté de faire taire, pour interroger le sens de la justice, de la mémoire, et des réparations. Les deux premières journées auront lieu aux archives diplomatiques du Quai d’Orsay à La Courneuve, haut lieu de la mémoire de l’État français, et les deux suivantes dans des institutions universitaires de renom : l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’Université Paris VIII. Le mercredi soir, a eu lieu à Paris 13e tout un programme : cinéma, débat et mémoire vivante.
Dans la continuité de ces initiatives, l’association Haïti Futur, sous la coordination de madame Josette Buffaertz, a également organisé un événement citoyen ce même mercredi 9 avril, de 20h à 22h, aux Centres Paris Anim’ Dunois et Richet (13e arrondissement). Au programme : la projection du documentaire « Haïti, la rançon de la liberté », réalisé par Gilles Gasser et Michel Reinette, produit par Beau comme une image et diffusé par France Télévisions en 2024. Cela a été suivi d’un débat autour de l’ouvrage collectif Haïti-France, les chaînes de la dette : le rapport Mackau (1825), dirigé par Jean-Claude Bruffarts, Marcel Dorigny, Gusti-Klara Gaillard et Jean-Marie Théodat, publié chez Maisonneuve & Larose / Hémisphères.
Et ce n’est pas fini !
Et ce n’est pas fini. Le samedi, toujours à Paris, Haïti sera sous le signe de la transmission. À la Mairie de Paris, Haïti sera de nouveau à l’honneur, cette fois à travers une rencontre conviviale organisée par l’association EVOH Haïti, fidèle à sa tradition annuelle. L’événement proposera, entre autres, une nouvelle édition de son célèbre jeu ludique et pédagogique « Haïti, je connais », conçu pour transmettre des connaissances sur l’histoire, la géographie, la culture et les figures marquantes du pays, dans une ambiance à la fois éducative et festive.
Ce moment vise à renforcer les liens intergénérationnels, valoriser l’identité haïtienne dans l’espace public français et affirmer, face au vacarme du malheur, la puissance tranquille de la connaissance, de la mémoire et de la transmission. Haïti ne demande pas la charité. Notre pays réclame la vérité. Et pourquoi pas, un début de réparation.
Alors que le chaos secoue Port-au-Prince, une autre bataille se joue en France : celle de la mémoire, de la dignité et de la justice. Dans les universités, dans les mairies, dans les centres culturels, Haïti prend la parole, redresse la tête, et dit au monde que son histoire n’est pas à effacer mais ….à réparer.
Maguet Delva
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